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Merci aux poètes et poétesses d’avoir accepté de partager quelques uns de leurs écrits sur cette page.

Lettre de mer

C’était un jour de grand rhum,
c’était un soir perdu,
sous les palétuviers roses,
je m’enlarmais de toi. …
Le ciel des Grenadines a de ces grands mauves
qui virent à l’absinthe quand l’aurore les effleure :
la nuit, là-bas, n’est qu’une affaire d’arômes.

Essaierais-tu sur ton corps
le reflet des volubilis,
leur soie bleu-fragile et diaphanement belle dans la gloire du matin,
et ce velours parfum de mandarine amère,
lentement vanillé, poudré,
avec ce qu’il faut d’imprévisible ?

Ici les zéphires verrouillent nos esprits aux étoiles.
La pluie sur l’orchidée chasse un peu de notre ombre.
Les soupirs des sargasses invitent à la folie.
J’estompe mes mois de Baille aux couleurs criardes des madras,
aux alcools d’or et d’ambre, satinés, doux, comme tes lèvres.

Laisserais-tu mes mains couturées d’errance ceindre ton front
de fleurs d’agave, glisser dans tes cheveux
l’indicible de souvenirs carminés
au hasard des escales – opium ?

Calendage de ma peau gommée par les heures de quart :
je l’abandonne aux déferlantes en espérant ton souffle,
ultime chatoyance d’un grand astre en sursis

Rien de grandiose comme l’ouragan ;
c’est un peu de ta voix mélangée à l’abîme et revêtue de houle.

Demain nous appareillons, puissent ces mots te trouver sereine


Poème de Anwen
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Prière pour une humanité malade

Écrasés de milliards de valses éternelles,

Fétus de vie perdus dans l’infini fourbu,

Pourquoi faut-il alors que nos soifs d’absolu

Nous entraînent à former tant de folies mortelles ?

A feu à sang

Des portions de nos terres

A genoux exsangues

Des milliers de nos frères

Quel ouragan furieux vient encore étourdir

Nos âmes égarées et par quelle fêlure ?

Que nous éloigne alors de l’harmonieux désir

D’une existence heureuse au cœur de la nature ?

La rivière se fraie un chemin de lumière

Par les monts par les plaines en toutes latitudes

A travers les forêts au-delà des déserts

Que chaque paysage ait sa béatitude

Sur cette terre élue, miracle maltraité.

Terre martyre aux mains de tes humains bourreaux,

Pilonnée, déchirée, étouffée, assoiffée,

Que le temps te libère et brise tes barreaux.

L’étoile fixe luit au cœur de nos nuits noires

Le croissant lui sourit éclairant nos mémoires

La croix comme horizon aux lois que l’on veut croire.

Je prie moi qui ne crois qu’aux aspirations claires

Que la force de vie fuse comme un geyser

Telle une douce rose exhalant le parfum

Des beautés recelées en ce monde importun.


Poème de Esterina
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Ombre du temps

A l’ombre du temps je marchais solitaire
et les lieux
ne me reconnaissaient pas.

Un long vertige !
Sur ma peau les traces obscurcies
de rivages lointains.

J’allais les yeux bandés de lumière pourpre –
à mes poignets de vieux cordages
mangés de sel –

pas à pas dans l’invisible.

La cire des jours a coulé sur nos routes :
à l’inventaire des souvenirs,
rien ne répond.

Un silence d’aigue-marine,
suspendu,
miroite dans le lierre
agrippé aux linteaux comme si –
comme si les portes allaient soudain s’ouvrir,
saluer le grand vent d’été.

Mais continuez sans moi !
Je vous attends un autre jour :
hier peut-être, je serai là.


Poème de Anwen

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