Une dernière fois

– À Jean-François et Marie-Odile –

Pouvoir, une dernière fois,

S’imprégner de ces lieux aimés

Avant qu’ils ne soient désertés ;

Caresser des yeux l’évidence

Des meubles au bois patiné,

Construits sur place et agencés

Avec amour et compétence

Par des menuisiers qualifiés,

Et chaque jour utilisés

Avec cette reconnaissance

De ceux qui, aimant leur métier,

Respectent le travail bien fait ;

Des meubles qui faisaient partie

D’un tout plaisant à regarder,

Fleurant bon la pâtisserie,

Décor au charme désuet

Où l’on se sentait invité

À savourer le goût du vrai,

Prenant le temps de s’arrêter,

De choisir et de discuter.

Ce beau savoir-faire a donné  

Cet ensemble qui est resté

Plus de deux siècles sans bouger,

Demain pourtant démantelé,

Et, loin du labeur de Paris,

Certains meubles déjà choisis,

Aussi longtemps qu’il est permis

De durer, pourront, c’est ainsi,

Commencer leur seconde vie.

Course contre le temps

– Aux poètes –

Course de longue haleine contre le temps qui passe

Et ne se lasse pas d’amenuiser l’espace.

Qui donc remportera cette lutte inégale

Nous conduisant tout droit, jusqu’au bout de l’impasse ?

Certainement pas nous, malgré nos espérances,

Et ces heures volées au fil de l’existence

Pour allonger le jour, diminuant les nuits,

Avançant peu à peu ce travail de fourmi,

Tant que la poésie sera notre alliée,

Tant que l’inspiration viendra nous visiter,

Que nos écrits sauront à d’autres cœurs parler,

Et souriront les muses dans nos ombres portées.

Ce pays que l’on aime

Ce pays que l’on aime, source de l’existence,

Relié pour toujours aux souvenirs d’enfance,

Cher pays dont on rêve aux langueurs de l’absence,

Image nostalgique qui ne se dément pas ;

Réminiscence floue des lieux où la tendresse

Avait le regard doux et les traits d’une mère,

Et le rire joyeux d’un valeureux papa.

Temps béni de l’enfance qui ne nous quitte pas,

S’estompant peu à peu au fil du temps qui passe,

Mais laissant en notre âme son invisible trace

Créant un décalage qui ne se comble pas,

Face à ce qui paraît un beau jour devant soi ;

Des quartiers et maisons qu’on ne reconnaît pas

Aux nouveaux habitants si différents parfois.

Les lieux n’ont plus l’odeur ni le goût d’autrefois,

Les couleurs elles-mêmes n’ont plus le même éclat

Car la marche du monde se déplace à grands pas ;

Et l’on est déphasé par le prisme des ans,

Écarté d’une ville qui faisait notre joie,

Silencieux témoin de ces moments marquants

Qui nous ont façonné et ne reviendront pas.

Lors de ce cher pays dont le mal nous rongeait,

Fondement d’une vie et d’une identité,

L’on se sent évincé, dépossédé, meurtri,

Privé de tout ce qui nous avait tant manqué ;

À nouveau orphelin, coupé de ses racines,

Les êtres tant aimés ayant déjà quitté

Ces lieux pétris d’histoire où jadis ils vivaient.

L’on regarde autrement ce phare qui brillait

Et l’on voit à regret sa lueur s’éloigner

Le cœur endolori et le corps fatigué ;

Et si la destinée nous y ramène encore

On sait que l’émotion ne sera plus alors

Aussi vive et profonde que ce que l’on pensait.