Mère et fils

– Pour Anna M. –

Le cœur plein de fierté et le regard confiant,

Elle entoure son fils d’un élan plein d’amour,

Tout comme au premier jour où naquit son enfant,

Persuadée au fond, qu’une telle merveille

N’est pas due au hasard, ni à ses nuits de veille,

Mais au fruit d’un travail qui n’eut jamais de cesse,

Œuvrant avec patience à son éducation,

Transmettant sans relâche conseil et affection,

Dévouement maternel et tendres attentions.

Elle pose sur son fils, plus grand qu’elle à présent,

Les yeux enamourés d’une jeune maman,

Le cœur admiratif pour la chair de sa chair ;

Un jeune homme accompli, aux si bonnes manières,

Bien fait de sa personne, doux et intelligent,

Au lumineux sourire et futur promettant.

Elle entoure son fils d’un amour infini,

Telle une forteresse protégeant son enfant

Des pièges et tourments d’un monde menaçant,

Bouclier invisible se dressant dans le temps

Pour défendre l’essence absolue de sa vie,

Qu’elle chérit toujours avec le même élan.

Irrémédiable chagrin

– À Alberto –

La douleur n’a pas d’âge,

Jalonne notre vie, s’abat sans crier gare,

Foudroyant un matin, déchirant une nuit,

Et les plus endurcis ne sont pas mieux lotis,

Car perdre sa maman, chagrin irrémédiable,

Est un tel ouragan qu’il prive en un instant

Un enfant, même grand, d’un guide incontestable ;

Ce pilier admirable,

Fidèle et résistant, dévoué, inspirant,

Qui toujours était là pour veiller sur nos pas,

Dans toute l’innocence des jours où l’on courait

Jambes nues dans les champs,

Rêvant son existence à travers les héros

Des récits de Zorro, ou de Robin des Bois,

Au temps des bonheurs simples et des candides joies,

Des craies sur le tableau noir de l’institutrice,

Des devoirs laborieux, ou vite expédiés,

Des courses à vélo, tartines au goûter,

Genoux égratignés de roses cicatrices

Après avoir joué avec des camarades

Aux billes et au ballon, sur l’herbe ou le goudron,

Et grimpé dans les arbres aux vertes frondaisons,

Entre mâles bravades et franches rigolades,

Petites fâcheries et longues punitions,

L’amour vrai d’une mère comme tendre horizon.

Sororité

– À ma sœur –

– À Amélie et Juliette –

– À Tristane et Laetitia –

À la « petite fille terne »

Qui souffrait par son mal-être

Du profond désintérêt

De son père et de sa mère,

N’ayant d’yeux que pour eux-mêmes ;

Pour l’élan d’amour sincère

Offert à sa sœur chérie ;

À l’univers qui sourit

Devant ce flot de tendresse

Qui à jamais les unit ;

Pour ce regard plein de vie,

Trop tôt voilé de tristesse,

Dont l’intelligence extrême,

Réinventant sa famille,

Dans le dévouement s’oublie ;

À l’incroyable destin

Réunissant les chemins,

Multipliant les épreuves

Jusqu’à faire enfin peau neuve,

Puis, découvrant qui l’on est,

Sa raison d’être et d’aimer,

Œuvrant à réaliser

Ce pour quoi l’on était fait,

Commencer à exister.


D’après Le livre des sœurs d’Amélie Nothomb ;

« Les mots ont le pouvoir qu’on leur donne. »