L’homme et le scorpion

Un été, voilà vingt ans,
Sur un autre continent,
Cinq amis sont réunis
Avec pour toute folie
L’envie de vouloir passer
Un moment privilégié
Dans la montagne escarpée.
 
Quand se fait sentir la faim,
Le barbecue tombe à point
Pour y rôtir le lapin,
Les oiseaux pris le matin
Par le chasseur de la bande.
Attiré par ce fumet,
Un scorpion jaune s’avance.
 
S’approchant trop près du groupe,
Un pied lui barre la route.
Il s’en prend à la chaussure,
L’attaquant avec vaillance,
Voulant gagner à coup sûr
Ce combat perdu d’avance.
 
Voyant qu’il ne cède pas,
L’homme afin de le dompter,
Se résout à l’asperger
D’une giclée de vodka.
L’arthropode ainsi douché
S’efforce de le piquer
Mais, ivre, n’y parvient pas.
 
Il titube un peu sonné,
Cesse un moment de bouger ;
Mais quand l’effet de l’alcool
Finit par se dissiper
Il reprend tous ses esprits,
Redoublant d’hostilité,
Le dard à nouveau dressé.
 
Alors pour avoir la paix
Jusqu’à la fin du repas,
Renouvelant l’expérience,
L’homme verse une rasade
D’eau-de-vie sur l’animal
Pour plus qu’il ne se hasarde
Près des braises rougeoyantes.
 
Aussi faut-il se garder
Des promeneurs alcooliques,
Même si l’on est doté
D’un redoutable poison,
Sous peine de se trouver
Dans un coma éthylique
Et de perdre la raison.


Ce poème est dédié à Monsieur Hovhannès Haroutiounian qui m’a confié ce souvenir.

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