La plage à marée basse

Sable à perte de vue jusqu’aux eaux céladon

Où scintille un soleil éblouissant les yeux,

Surface accidentée, champ de bosses et creux,

Monticules dressés arborant au sommet

Des spaghettis sculptés en tortillons de sable.

L’eau s’écoule sans fin vers le vaste horizon,

Longs serpents qui se fraient dans l’arène grisée

Des chemins ondoyants, laissant dans leur sillage,

Sur la grève ridée par le reflux des vagues,

Ces écailles fluides aux transparents reflets.

L’océan balayé, la plage à marée basse

Rejoint les parcs à huîtres sur l’estran déserté.

Les poches grillagées côte à côte alignées

S’étalent sur des cadres aux ferrures rouillées

Où viennent se mouvoir des chevelures d’algues.

Nuée de goélands

– À mon père –

Nuée de goélands tournoyant dans l’été,

Incroyable spectacle au-dessus du jardin,

Loin des bateaux, du port, de la grève habitée

De goémon gardant la trace des marées,

Des ondes poissonneuses et des bruyants festins.

Nuée de goélands dans le ciel cérulé

S’abattant tout à coup au milieu du terrain,

Blanc cortège essaimé aux ailes repliées,

Semblant chercher de quoi atténuer leur faim

Dans l’herbe desséchée, au milieu du plantain.

Nuée de goélands, visiteurs égarés

Rassemblés sur le toit, guetteurs de cheminée

Qui, sans se retourner, s’envolent brusquement

Dans un bruit étouffé de plumes effleurées,

S’égaillant alentour dans le soleil couchant.

Touffes de jaune et de pastel

– À ma mère –

Touffes de jaune et de pastel

D’une végétale aquarelle,

Où se côtoient et se répondent

Capucines et romarin,

En éclaboussant le jardin

De leur vitalité féconde,

Duos fleuris et contrastés,

Non loin de l’hydrangea bleu

Et des dahlias orangés,

Dialoguant avec poésie

Dans une euphorie colorée ;

Feuillages gris ou argentés

De la lavande parfumée

Et du curry de l’hélichryse

Qui se diffusent par bouffées.

Tout un petit monde s’active,

Un ballet zélé s’organise

Dans sa chorégraphie ailée,

Entre les différents bourdons,

Les abeilles, les papillons

Venus butiner à leur guise,

Et cette beauté s’éternise

Au fil des plus longues journées,

Quand la blanche araignée se fige,

Surprise au sommet de la tige

D’un épi mauve aux grains poudrés.