– À ma fille –
Sur le drap tendu de la nuit
La pleine lune resplendit
– À ma fille –
Sur le drap tendu de la nuit
La pleine lune resplendit
– À M. Hovhannès Haroutiounian –
La rose en ton jardin a fleuri ce matin,
Annonçant fièrement son printemps décalé
Par sa tendre candeur dans ce lieu désolé.
Couronnée sur sa tige, cette reine trônait
Au milieu des arbustes et buissons étiolés,
Que les intempéries toujours plus effeuillaient.
Dans sa robe rosée joliment constellée
Par l’automnale ondée, elle scintillait là,
Lumineuse beauté, fraîche et déterminée,
Offrant sa vérité à qui s’en approchait,
Et laissant son reflet dans ton regard charmé
Où brillait l’étincelle d’une indicible joie.
– À ma fille –
Un ragondin dans l’herbe grignote des bretzels ;
Même la vie sauvage vit à l’heure alsacienne !
Serait-ce un avant-goût du marché de Noël ?
– À mes parents –
– À mon frère –
Adieu les sentiers, les fougères,
Les hortensias, les châtaigniers,
Adieu le granit recouvert
De lichens gris et orangés.
Adieu le faisan et les lièvres,
Les mouettes, les goélands,
Les sternes courant sur la grève,
Les bancs d’alevins transparents.
Adieu le sable, le rivage,
Les goémons sur les rochers,
La maison bercée par les palmes,
Le soleil des fins de journée.
Adieu l’océan et l’aber,
Le vent marin sur les voiliers,
Adieu à tous les gens que j’aime,
Et à très bientôt, je l’espère,
Vous allez tous tant me manquer.
– À mes parents –
Brouillard nocturne dans les fougères,
Brume légère au fond du pré,
Brume marine passagère,
Brouillard doré dans les lauriers,
Brouillard qui tombe à découvert,
Brume dans nos yeux attristés,
Le temps est venu de quitter
La maison bretonne au palmier
Et les êtres qui me sont chers…