Forget me not / Ne m’oublie pas – Myosotis –

– À toutes les victimes de crimes contre l’humanité. –

– Aux descendants des survivants du génocide des Arméniens*,

commis il y a 111 ans, dont les répercussions sont toujours d’actualité. –



Quand reviennent les myosotis

Je pense à tous ces chers défunts

Que l’on n’a pu accompagner

Jusqu’à leur digne sépulture,

Tous ceux que des esprits malins,

Secondés de hordes complices, 

Ont achevés sous la torture,

Terrorisés jusqu’à la fin,

Peuples livrés comme des chiens

À leur bestiale cruauté,

Leur ignoble cupidité

Ne voyant chez eux qu’un butin.

Quand vient le temps des injustices

Que l’histoire encor perpétue,

Tragédie de ceux que l’on tue

Sans que l’on condamne ces crimes,

Je pense à tous ces chers défunts

Fauchés comme des myosotis,

Et se ravive mon chagrin

Tel un long sanglot qui m’étreint.


* mais aussi Assyro-Chaldéens, Yésidis, Grecs pontiques…

Des colibris

– À ma mère –

Il en faudrait des colibris pour éteindre un feu de forêt,

Pour dynamiser un pays qui perd pied depuis des années.

Il en faudrait des colibris pour réveiller les endormis,

Pour relever une nation qui depuis longtemps s’est couchée

Et se meurt, petit à petit, d’avoir été trop bafouée.

Il en faudrait des colibris, parmi la nuée qui se tait

En avançant les yeux fermés, sans conscience des artifices

Mis en place de tous côtés afin de nous manipuler,

Pour que chacun puisse apporter sa noble pierre à l’édifice,

Sa goutte d’eau et son esprit, pour étendre ce grand chantier ;

Que chaque être vienne chanter sa note d’espoir infini

Et partager avec autrui sa foi en notre humanité,

Œuvrant avec ténacité pour des lendemains qui sourient.

Il en faudrait des colibris, mais si nous sommes des milliers,

Si nous pouvons avec clarté redonner du sens à la vie,

Si nous sauvons ce qui nous lie et fait de nous un peuple fier,

Nous qui, faute d’être écoutés, avons perdu tant de repères, 

Si nous sommes déterminés, assez courageux, solidaires,

Pour que chacun durablement puisse faire un pas en avant

Et vienne ensemencer la terre où pourra germer le présent

Pour un futur plus florissant, porté par nos cœurs volontaires,

Nous regagnerons peu à peu ce que nous avions sacrifié

Sur l’autel des moindres soucis et des promesses à court terme,

Hypothéquant notre avenir et celui de nos enfants même,

Pour composer la mélodie qui fait reverdir les déserts.

Au soleil de la bohème

– À Hovhannès Haroutiounian –

Lors, nous nous retrouverons au soleil de la bohème,

Pour deviser de ce temps, dans cette époque guerrière.

Nous évoquerons le monde, notre place sur la terre,

Où le puissant, sciemment, nous roule dans la poussière,

Où le langage est vidé de son âme, et ses nuances

S’égarent dans un dédale, où l’on détourne son sens.

Nous passerons un moment, au soleil de la bohème,

Heureux de prendre le temps de converser librement

Sur les beautés de la vie qui lui donnent tout son sel,

Entre bilans décevants et l’espoir qui nous élève,

Nous faisant toucher du doigt l’essentiel engagement

Reliant chacun de nous à ce qui est bien plus grand.

Centaures et lacrymogènes

– Au peuple français –

– À mon frère –

Camions de CRS dans des fermes françaises,

Balles dissuasives, bombes lacrymogènes,

Centaures*déployés, pour une guerre ouverte

Contre des paysans enserrés dans l’étau

De la bureaucratie des cols blancs de Bruxelles ;

Quand les ordres donnés sont le pire fléau,

Aggravant une crise, pourtant existentielle.

Survols d’hélicoptère, asphyxie et menaces,

Hommes et animaux pris dans la même nasse ;

Un rempart de gendarmes pour interlocuteurs

Face à des éleveurs venus, genoux à terre,

Protéger leurs troupeaux d’injonctions mortifères.

Deux clans que le pouvoir s’efforce d’opposer ;

Sept ont, avec courage, les armes déposé.

Absurdité des lois, des règles, des propos,

Mensonges au sommet, trahisons et ragots,

Choquante démesure des moyens employés,

Indignité de ceux qui, de loin ou de près,

Par simple opportunisme ou par vénalité,

Taisant la vérité, contribuent au chaos.



* Véhicules blindés de la gendarmerie destinés à « assurer la sécurité des Français ».

Panzi

– Au Dr Denis Mukwege, gynécologue en RDC, Prix Nobel de la Paix 2018, pour son extraordinaire travail au service des femmes, depuis plus de 30 ans.

– Au Dr Guy-Bernard Cadière, pour son talent et son implication dans cette mission capitale.

– À toutes celles et ceux qui luttent pour le respect de la dignité humaine dans toutes ses dimensions.

Je vois un homme qui travaille à réparer le corps des femmes,

Depuis des dizaines d’années, avec volonté et courage,

Abnégation, intégrité, patience et opiniâtreté.

Je vois cet homme digne et grave qui un jour a su se lever,

Lumière dans un paysage que l’espoir avait déserté,

Humaine grâce face au chaos, capable de se transcender

Pour ainsi regarder en face notre glaçante obscurité,

Agissant contre le fléau de la violence exacerbée.

Je vois cet homme qui consacre son talent et sa force d’âme,

Avec zèle et humilité, en dépit de graves menaces

Pesant sur ce qu’il a créé, à sauver des milliers de femmes

Ayant subi les pires drames, se réfugiant à Panzi

Afin de retrouver la flamme qui redonne un sens à la vie.

Je vois deux hommes admirables, ainsi que ceux qu’ils ont formés,

Tous ceux qui se sont impliqués au sein de ce lieu remarquable,

Luttant avec ténacité contre les crimes innommables

De cette guerre sans pitié couvrant tant de brutalités.

Je vois ces soignants qui se donnent à cette tâche bien ingrate

Dont ils ressortiront grandis, nobles descendants d’Hippocrate,

Pour réitérer le miracle d’accueillir et de soulager,

De sauver ce qui est sauvable chez ces êtres traumatisés,

Et pense à tous ceux qui commettent jour après jour d’atroces actes

Envers d’autres communautés qu’ils se plaisent à torturer,

Ceux qui, en saccageant ces femmes*dans une impunité totale

Détruisent familles et villages, sans rien pour les en empêcher.

N’ont-ils aucun sursaut de l’âme, pas d’amie, de sœur estimée,

Pas d’épouse ou mère à aimer, pas d’enfant à venir bercer,

Pour exposer publiquement leur criminelle lâcheté,

En commettant d’abominables et révoltantes cruautés ?

Je vois aussi toutes ces femmes, survivant à l’adversité,

Qui se battent pour exister malgré ce qu’elles ont enduré,

Au-delà de l’imaginable, par la souffrance et l’infamie.

Pour votre courage admirable associant corps et esprit,

Respect total et infini.


* J’évoque ici le calvaire des femmes, qui sont les victimes attitrées de ces atrocités, mais cela touche hélas aussi de plus en plus d’enfants, et les hommes ne sont pas épargnés.

Malheureusement, la République démocratique du Congo n’est pas le seul théâtre de ces abominations qui ont également cours au Nigéria, Soudan, Ethiopie, Darfour, Erythrée, Haïti, Myanmar, Ukraine, Israël, territoires palestiniens occupés, Lybie, Syrie, etc.

La liste est longue, hélas, car de trop nombreux pays en guerre pratiquent des sévices comparables, à une échelle de l’horreur plus ou moins large et généralisée.


Dr Denis Mukwege & Dr Guy-Bernard Cadière : Réparer les femmes, un combat contre la barbarie – Editions Mardaga


Muganga- Celui qui soigne, un film réalisé par Marie-Hélène Roux, 2025

https://panzifoundation.org/fr