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Merci aux poètes et poétesses d’avoir accepté de partager quelques uns de leurs écrits sur cette page.

A l’embouchure

dans la touffeur de midi, les lauriers roses,
retombants  par dessus un mur, alanguis,
l’enserrent  dans leur lourd  parfum  tiède

et, à des années de distance, lui revient
l’odeur douceâtre des trapiches*, là-bas,
aux Antilles, au Nicaragua ou au Salvador,
broyant la canne à sucre en plein vent
dans une nuée d’insectes bourdonnants,

ou ces effluves sucrés de l’engrais humain
macérant lentement dans les fosses,
qui stagnaient dans l’air immobile du matin
dans les anciens faubourgs d’Hanoï
aux trottoirs convertis en plates-bandes,
où poussaient, grâce à ce don de la nature,
de beaux légumes et des fines herbes
qu’on retrouvait dans le phở** traditionnel,
en ces temps rudes et héroïques de guerre
et de malheur, de courage et de fierté
qui appartiennent à un passé presque mort


par le hasard et la magie d’un parfum oublié,
la Tamarissière*** devient ce lieu étrange
où, soudainement, l’autrefois et l’aujourd’hui,
l’ici et l’ailleurs, se rejoignent,
elle est l’embouchure où le fleuve et la mer,


les eaux douces et les eaux salées


                                            de la mémoire

                            se mêlent et  se confondent





* moulins à sucre traditionnels
** phở : soupe tonkinoise traditionnelle à Hanoï
*** hameau à l’embouchure de l’Hérault, rive droite


Poème de Jped
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La lumière de tes yeux

J’ai recherché partout la lumière de tes yeux :
dans les forêts humides et dans les sables fins,
dans des déserts glacés, sous des soleils de feu,
sur des mers en furie et sous d’ombreux sapins.


J’ai recherché partout la lumière des tes yeux :
sur des milliers de toiles et de statues antiques.
J’ai vu tout l’arc en ciel, du noir profond au bleu,
des yeux qui interrogent aux autres lunatiques.


Mais je n’ai pas trouvé partout où j’ai cherché
l’ombre d’un seul regard pouvant te ressembler.
Ils n’avaient ni la grâce ni ce tout harmonieux,

cette lumière intense, cet éclat bienheureux,
qui fait que d’un regard on en tombe amoureux.
Je n’ai vu sa lumière qu’au profond de tes yeux.




Poème de PaulMUR
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Encore quelques jours d’une bonhomie de velours

Encore quelques jours d’une bonhomie de velours
 
Quant au réveil se lève sur la mer la lune
C’est une perle dans un déshabillé de brume
Qui s’avance nue nature et sans gêne aucune
Rayonnante d’une douceur qu’elle assume
 
Elle déambule souriante et prospère
Laissant par l’échancrure des voiles nocturnes
Voir l’adorable beauté de ses formes rondes
Et s’auréole de la splendeur qu’elle inonde
 
Ainsi tu vas le matin, entre ombres et lumière
Radieuse et sereine comme l’astre céleste
Sincère et belle de tes rondeurs éphémères
 
Et tu n’imagines pas à quel point je t’aime
Quand je te vois refaire parfois avec peine
Des gestes simples souriante à l’enfant qui te gêne
 
[WV]




Poème de William Valant
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Elle était

Elle était comme une île dont rêve tout marin,

Elle était comme un lac profond s’il m’en souvient.

Dans ses yeux je lisais tous les grimoires écrits

Depuis la nuit des temps mais toujours incompris.

Elle était une source où j’aimais m’abreuver,

Pétillante et subtile sans jamais m’enivrer ;

Ses moments de silence étaient comme une paix

Que peu d’hommes vivants n’auront connu jamais.

Elle était comme un astre qui jamais ne s’éteint,

Comme une toile blanche que nul pinceau ne peint,

Mais qui dans sa lumière donne tant de couleurs

Que l’œil abasourdi rit et tremble de peur.

Elle était comme un fruit offert à l’appétit

Que mes dents mastiquaient doucement et sans bruit

Voulant garder longtemps le goût qui dans la bouche,

Mêlant le miel au sang offre le cœur par touches.

Elle était un jardin où tant de fleurs écloses

Offraient tant de senteurs que mes paupières closes

Permettaient à mon nez de pouvoir respirer

Des parfums que jamais je n’ai pu retrouver.

Elle était un soleil brillant de mille feux,

Illuminant mes nuits de rêves bienheureux ;

Le matin me levait tout frais et apaisé

D’une nuit sans histoire sur un corps reposé.

Elle était un matin toujours renouvelé

Offrant un chant nouveau toujours recomposé,

Un refrain qui mêlait repos et insomnies

A nos journées passées comme une symphonie.

Elle était un miroir qui me rendait vivant,

Faisant d’un frêle humain un homme et un amant,

Sa peau dont les saveurs peuplées de phéromones

Mettait mes sens en rut attisant mes hormones.

Elle avait une voix qui vous disait sans dire

Les mots qu’aucun amant ne voudrait interdire,

Des paroles lancées qu’on n’oubliait jamais.

Mais le cœur à l’entendre savait ce qu’elle était.


Poème de PaulMUR
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