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Merci aux poètes et poétesses d’avoir accepté de partager quelques uns de leurs écrits sur cette page.

Si je devais te perdre

Si je devais te perdre et jamais te revoir,
Ne plus poser mes yeux sur ta face adorable ;
Si je devais te perdre, ô mon unique espoir,
Ma vie aux jours sans fin serait insupportable.

Si je devais te perdre et compter chaque jour
Attendant, hébété, que ma vie en finisse ;
Si je devais te perdre et vivre sans amour,
J’en resterais pantois qu’ainsi l’on me punisse.

Si je devais te perdre, abîmé de douleur,
Fou de peine, d’angoisse et perclus de tristesse ;
Si je devais te perdre, ô toi qui m’es couleur,
Mes jours s’assombriraient d’une noire détresse.

Si je devais te perdre, ô mon ange d’été,
Mon cœur privé d’amour se couvrirait de givre ;
Si je devais te perdre, en toute honnêteté,
Je n’imagine pas comment pouvoir survivre.

Si je devais te perdre et que tu déliais
Ce long fil d’Ariane, ancrage de mon âme ;
Si je devais te perdre et que tu m’oubliais,
En mon coeur s’éteindrait l’extase de la flamme.


Si je devais te perdre et te voir me quitter
Sans un cri, sans un mot, sans le moindre présage ;
Si je devais te perdre, alors, sans hésiter,
En moi je graverais pour toujours ton visage.


Si je devais te perdre, ô toi ma passion,
Et vivre sans projets, de seconde en seconde ;
Si je devais te perdre, ô mon obsession,
Autour de moi, vaincu, s’écroulerait le monde.




23 mai 2019



Poème de Cyraknow
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Manitoba

Dans un paysage
De chairs sauvagines
Pierre Radisson
Et Médard Desgroseilliers
Ramenaient leurs fourrures
En canot d’écorce
Sur une rivière de sang
Dans un couloir de moucherons
Épinettes blanches
Épinettes noires
Dans un pays de roches
Et d’eau claire
Gorgée des glaces
Allaitée au Nord
Pour repaître les prairies
Cette terre des Assiniboines
Où courait l’esprit du bison


Là où les anges
Ont versé des larmes
Ici-bas
Ô Manitoba
Ancienne Terre de Rupert
Où les ours polaires
Se sont baignés dans la mer salée
De la Baie d’Hudson avec les cétacés


Ce sont aussi nos frères métis
Qui sont morts
Pour moins que des oranges
Et des citrons d’Afrique
Mais qui ce sont quand même
Étoffés au pemmican
Et au métchif d’Amérique


Dans un couloir de moucherons
Épinettes blanches
Épinettes noires
Radisson et Desgroseilliers
Canoteront éternellement
Sur la Rouge immortelle
Emportant leurs peaux de castors
Pour des siècles et des siècles
Mais parfois
Le temps voudrait s’arrêter
Et contempler la vie qui bat
Au cœur du Manitoba




Poème de Julien Hoquet
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We’ll gather lilacs in the spring again

J’aurais voulu chanter tout l’azur qui m’inspire
Et ces franges d’espoir qui bordent ma mémoire
Mais à quoi bon chercher en vain à retenir
Ces perles de bonheur, fantômes dérisoires ?
 
Une révolution depuis ce jour de mai
Qui t’a vu s’envoler dans un dernier élan
Brûlant de ta passion jusqu’au bout consumée
Aventurier têtu, éternel conquérant.
 
Un an et refleurit le lilas entêtant
Qui emplit mon esprit de douce nostalgie
La nature poursuit son rêve ensorcelant
Et nous voilà séduits par sa folle magie.
 
Encore au rendez-vous ces couleurs, ces effets,
Et renaissent des eaux troubles et enivrantes
Qui teintent le présent de singuliers reflets
Et attisent en mon cœur des braises frémissantes.
 
Oui, je retournerai recueillir le lilas
J’humerai sa splendeur, me laisserai charmer
J’offrirai du printemps les plus tendres éclats
Aux souvenirs sacrés qui nous lient à jamais.



19.05.2019



Poème de Esterina
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De ses mains

Contre la folie des vents

Qui m’écartèle

Chaque soir

Baissant les voiles

De mon navire

Je m’endors

Et au matin

Rien qu’une caresse

De ses petites mains

Maille après maille

Refait mon printemps

Et elle me réveille

Chaque fois

Avec un cœur d’orfroi

En fait, elle m’éveille

Avec ses mains

En tout temps

Et point à point

Elle en libère des chants d’oiseaux

Des sonates de dentelles

Et alors elle apaise doucement

L’apnée de mes nuits

Et me ramène à elle

De fil en aiguille

Et chaque fois

C’est pareil

J’ai le cœur fanfreluche

Et quand enfin

Elle ouvre son amphore

Des mandalas s’envolent

Et me désarticulent

Telle une poupée

Pour faire tomber

Les mots accrochés

À mes délires poétiques

Et avec ses doigts

Ses doigts de fée

Elle me brode

Mille baisers

Et à chaque fois

Elle endimanche mes jours

Avec ses mains d’or

Et tant qu’elle voudra

Elle se faufilera sur ma peau

Pareil qu’au premier jour

Ouvrière de l’Amour

Elle émerveillera encore

Mon âme et mon corps


Poème de Julien Hoquet
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Ne pars pas mon enfant

Viens mon enfant

Saute sur mes épaules

La brume se lève

L’aurore est là

Allons courir vers la mer

Et regarder les navires à l’horizon

Ils viennent au port

Charger nos récoltes

C’est le mois des moissons

Ta mélancolie, mon enfant

Aura toujours l’odeur de la terre

Et aux séduisantes vagues côtières

Qui viendront appâter ton imaginaire

Le vent soufflera une poignée de poussière du pays

Et il emportera tes désirs capricieux

Loin de ces marins qui se consument à la mer

Et chacun de tes jours aura le parfum de l’humus

Mais il te faudra suer au champ de blé

Pour labourer tes rêves

Et pétrir ton pain quotidien

Viens mon enfant, oublie la mer

Saisis faux et faucilles

Et un jardin fraternel t’ouvrira les bras

Tu ne seras plus l’étranger de personne

Tu trouveras le visage aimé

Et ta raison de vivre aura sa beauté

À ton tour, tu amèneras tes enfants

Voir la mer et tu comprendras

Que les pâturages nourrissent aussi les âmes

Alors tu pourras venir sous l’olivier

Rejoindre tes ancêtres

Dans la paix noble et infinie

Du labeur fastidieux accompli


Poème de Julien Hoquet
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