Marche pour la planète

Branchages bruns, pétales roses
Feuillages pourpres, fleurs sans épines,
Bouquets harmonieux et graciles
Corolles fraîches à la peau fine,
Aux étamines délicates,
Poétique beauté des arbres
Qui tranche au milieu de la ville.

Aucun insecte à la ronde…
Qui se soucie en ce monde
De l’anormale hécatombe
De la biodiversité ?

On manifeste et proteste,
Par centaines ou par milliers…
Mais combien de lanceurs d’alerte
Ont dû prêcher dans le désert
Pendant des dizaines d’années
Avant d’être enfin écoutés ?

Dirigeants et députés,
Citoyens peu concernés,
Il faut faire volte-face ;
Cessez les viles courbettes
À ceux qui voient à court terme,

Ne prenez pas les menaces
Qui pèsent sur notre tête
Avec tant de légèreté,
De passive lâcheté,
Ou ce mépris affiché
Pour ceux qui n’acceptent pas
D’être, sauf votre respect,
Menés par le bout du nez.

Voyez l’ampleur du désastre
Et prenez bien la mesure
Des responsabilités
Qui incombent à chacun
Et s’accroissent à mesure
Que l’on va vers le sommet.

Protégeons notre futur,
La Terre souffre et, par elle,
C’est toute l’humanité
Qui fatalement chancelle
Et risque de s’effondrer.

Ne soyons donc pas bornés,
Ôtons vite nos œillères,
Sauvons tout ce qui peut l’être,
Chaque minute est comptée.
Ne soyons pas égoïstes
Ni aussi matérialistes,
Rassemblons tous nos amis ;
Demain commence aujourd’hui !

Vivre

Nous sommes-là pour vivre,
Pour vivre intensément tout ce que l’on peut vivre,
Vivre sans redouter cette fin annoncée,
Annoncée peu à peu par le simple déclin
Déclin inéluctable de nos corps périssables
Périssables, pourtant, touchants dans leur espoir,
Leur espoir insensé de pouvoir prolonger
Prolonger vaillamment notre existence brève,
Brève si l’on se fie à l’échelle du temps,
Du temps qui nous ramène à notre place infime
Infime de poussières perdues dans l’univers.
 
Nous sommes-là pour vivre,
Pour vivre le présent quels qu’en soient les critères,
Les critères trouvés pour pouvoir échapper
Échapper plus souvent à ce quotidien terne,
Terne car dépourvu de spiritualité,
De spiritualité et de beautés terrestres
Terrestres et célestes, et de sentiments vrais,
Vrais pour appréhender la richesse des êtres,
Des êtres de lumière que la vie quelquefois
Quelquefois nous permet de pouvoir approcher,
Approcher, quelle grâce, au détour du chemin
Du chemin emprunté pour devenir Humain.

Jusqu’à soi

Arrête d’acheter,
De courir, de parler
Si c’est pour ne rien dire,

Arrête d’écouter,
Les mots sans intérêt
Et prends le temps de vivre.

Range tes écouteurs,
Éteins l’ordinateur
L’iphone et la télé,

Commence par marcher,
Apprivoise ta peur,
Détends-toi et respire !

Ferme un instant les yeux,
Perçois au fond de toi
Le rythme de ton cœur,

Ton corps qui tremble un peu
Et ton âme qui vibre,
Ta chanson intérieure.

Songe à notre Univers
Et sens-toi l’élément
Participant au tout,

Le temps tourne sa roue
Et ne s’étirera
Pas plus qu’il ne le doit.

Regarde autour de toi,
Savoure cette vie
Qu’on te donne en cadeau,

Écoute le silence,
Le clapotis de l’eau
Ou le chant des oiseaux…

Tu as déjà franchi
La première des marches
Qui mènent jusqu’à soi,

En ayant fait ce pas
Tu pourras ressentir
Une indicible joie.

Va vers ce qui t’anime,
Ce qui te rend unique
Et t’inspire ici-bas,

Rassemble ton courage
Tes rêves, tes espoirs,
Lance-toi, n’attends pas.

Après ça tu pourras,
Poursuivant l’expérience,
Te tourner vers autrui

Et agir en conscience
Avec la bienveillance
Qui sied aux gens instruits.

Arménie, 8 mai 2018

Qui n’a pas rêvé que son peuple

Prenne un jour son destin en main,

Et décide de tout changer,

De bousculer l’ordre établi,

Figé dans l’immobilité

Depuis de trop longues années ?


Il a fallu qu’il sorte enfin

La tête haute et le cœur fier,

Fort de ses belles convictions,

Pour que l’on puisse imaginer

Un changement de société,

Que le temps de la corruption

Mêlée aux inégalités

Avait soudain assez duré.


Alors s’est mise en marche cette population,

Des hommes de tous âges, des femmes et des enfants

Dans un déferlement calme et résolument

Pacifique et discipliné,

Une marée humaine, joyeuse et fraternelle,

Réclamant qu’on entende ses revendications

Que personne, au sommet de l’état contesté,

N’avait vu arriver

Et que rien semble-t-il ne pouvait arrêter.

Portés par le désir ardent

De changer leur gouvernement

Et que de nouveaux dirigeants

Écoutent leurs aspirations,

Ils sont descendus dans les rues

Ils ont soulevé leur nation,

Ils ont montré leur cohésion,

Leur détermination profonde.

Puis ils ont convergé vers ce lieu symbolique,

Si justement nommé Place de la République.

Là, dignes et décidés, ils se sont rassemblés,

Exprimant clairement cette nécessité

De pouvoir prendre en compte leur propre volonté,

Et ce sursaut vital s’est vite propagé

Dans le cœur éprouvé des familles exilées,

Largement dispersées autour du monde entier.

Leurs yeux se sont braqués sur ce qui se passait

Dans ce pays aimé d’Asie occidentale

Luttant pour qu’aboutissent la justice sociale

L’égalité des droits, la liberté durable…

Suspendus aux nouvelles et retenant leur souffle

Ils ont suivi, inquiets, les tensions et les doutes

Ressentis par la foule, avant que l’optimisme

Ne soit au goût du jour, laissant place à la liesse

Et l’espoir que paraisse un avenir plus doux.

Ainsi s’est engagée cette révolution,

Appelée « de Velours », pour s’être déroulée

Sans avoir à verser une goutte de sang

De ces milliers de gens venus manifester,

Dans l’Arménie marquée du sanglant génocide

Qui l’a traumatisée durant plus de cent ans.

Je voudrais aujourd’hui saluer leur prouesse

Car parmi tous les peuples qui se sont révoltés,

Combien peuvent en dire autant ?