L’adieu à la mère

– À Roza –


Calée dans son fauteuil,
Toujours belle malgré
L’empreinte des années,
Bien que très affaiblie
Par le dernier écueil
De cette maladie
Qui lui brouillait le teint,
 
D’un geste de la main
Dans le jour qui vacille,
Elle a donné congé
À toute la famille
Pressée à son chevet ;
Les jeunes, les anciens,
Les proches, les cousins
Pieusement rassemblés,
 
Mais quand son fils aîné
À son tour s’est levé
Pour la laisser en paix,
Elle lui prit la main
Pour mieux le retenir
Dans l’ombre de son sein,
Lui offrant le parfum
Cher à ses souvenirs
D’enfance retrouvés.
 
Dans le silence dense
Qui régnait dans sa chambre,
Son petit tout près d’elle,
D’une ultime caresse
Elle a posé sa main
Doucement sur son front,
 
Comme pour lui donner
En plus de sa tendresse,
La bénédiction
De celle qui l’avait
Enfanté vaillamment ;
Sa douceur maternelle
Son regard sur la vie,
Son chant, son énergie,
Son goût pour la lumière
Et pour la poésie.
 
Puis le fils a veillé sa mère
Avec ferveur, toute la nuit,
Dans l’atmosphère recueillie
De la maisonnée assoupie,
Et cette communion des êtres
A resserré plus fort les liens
Qui unissaient leurs deux esprits
En faisant se joindre leurs mains.
 
Lors dans un murmure distinct
Doucement sorti de sa bouche,
L’âme légère et apaisée
D’avoir pu mener jusqu’au bout
La mission qui lui incombait,
Elle expira son dernier souffle
 
Et lâcha prise pour de bon
De la plus sereine façon,
Abandonnant son existence
Sans opposer de résistance ;
Ouvrant l’invisible chemin
Que nous emprunterons demain,
Le corps dissout et le cœur nu
Pour avancer dans l’inconnu,
Vers notre dernière maison.


Ce poème est dédié à Monsieur Hovhannès Haroutiounian qui m’a confié ce souvenir.

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