Poème au bois dormant

J’ai au fond de mon cœur

Un poème qui dort

Un poème somnolent

Volatil, insaisissable

Il est si doux, si frêle

Je voudrais m’en saisir

Mais il me glisse entre les doigts

Tellement il est idéal

J’ai crainte de lui donner forme

Les mots ces ingrats, le trahiront

Ils le violeront et le travestiront

Alors je me satisfais à le contempler

Son innocence m’attendrit, sa fragilité m’émeut

J’aimerais le mettre au monde

Mais j’ai peur qu’il se salisse

Sous vos mains rustres, vos regards méprisants

J’ai un poème au bois dormant

Et j’ai l’espoir qu’un jour on vienne l’embrasser

Qu’il se matérialise, qu’il se dévoile

Qu’on loue ses charmes éthérés

Et qu’on l’aime tendrement dans sa pureté

Mais je vous le dis, il est si menu, si gracieux

Couché au fond de mon cœur sur un lit de soie

Il semble en attente entre la vie et la mort

Ses paupières frémissent, sa bouche frissonne

Je n’ose respirer tant je redoute qu’il se trouble

Et qu’il se brise d’étonnement, en se réveillant

Que vais-je faire de lui ? Sa beauté me tue…


Poème de Julien Hoquet
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