La goutte qui fait déborder le vase

Goutte à goutte, l’eau qui goutte

Tombe dans le fond du vase,

Les secondes, les minutes,

Une à une se percutent

Goutte à goutte, l’eau qui goutte

Recouvre le fond du vase,

Et se prolongent les heures

Dans le silence qui pleure

Goutte à goutte, l’eau qui goutte

Remplit peu à peu le vase,

Jour après jour le temps passe

Et nous restons dans l’impasse

Goutte à goutte, l’eau qui goutte

Se répand dans tout le vase ;

Et les semaines s’écoulent

Sur ce monde qui s’écroule

Goutte à goutte, l’eau qui goutte

Baigne leurs pierres tombales,

Rythmant le vide abyssal,

Et l’eau déborde du vase.

Amis, si nous voulions

– À tous les Arméniens d’Artsakh, d’Arménie et de la diaspora

et à tous ceux qui les soutiennent. –


Amis, si nous voulions

Être unis pour de bon

Et entrer dans la danse ;

Nous sommes des millions

En France et dans le monde

Sans doute nous pourrions

Par cette immense ronde

Peser dans la balance,

Bien mieux que ne le font

Tant de représentants

Qui parlent en nos noms

Qui s’écoutent, se vantent

Et qui brassent du vent,

Éludant les questions ;

Sourds aux protestations

De ceux qui les dérangent,

Quand le sujet ne souffre

Aucune hésitation

Nos prières, nos larmes,

Notre désespérance,

Nos appels au secours,

Nos cris d’indignation,

N’auraient pas été vains

Si l’on pouvait demain

Marcher main dans la main

L’espoir refleurirait

Autour des champs de tombes,

Partout où se morfondent

Les êtres sacrifiés

Au nom des intérêts

Des puissants de ce monde

Qui font, c’est révoltant,

La pluie et le beau temps.

Mes larmes ne suffiront pas


– Ce poème est dédié à Anoush Apétyan, Gayané Abgaryan, Susanna Grigoryan,

ainsi qu’à toutes les victimes de la barbarie azérie… –



Mes larmes ne suffiront pas,

Ni mon dégoût, ni ma colère

Pour empêcher ce qui se joue

Sur cette terre qui m’est chère

Mes larmes ne suffiront pas,

Ni mes lettres, ni mes poèmes

Pour alerter d’autres que moi

Qui, haut placés, pourraient bien faire

Que l’impunité ne soit pas

Permise à tous ces criminels

Se plaçant au-dessus des lois

Mes larmes ne suffiront pas,

Et par moment je désespère

De voir bafoués tous ces Droits

Dont on s’enorgueillit sans cesse ;

Ces valeurs-phares que l’Europe

A prônées pendant des semaines

Quand il s’agissait de l’Ukraine

Et que l’on détourne déjà

Mes larmes ne suffiront pas,

Ni mes appels, ni mes prières,

Même en remuant ciel et terre

Pour que l’horreur ne survint pas,

Puisqu’on ne revient en arrière ;

Le monde est sourd à la détresse

D’un peuple debout qui se bat,

Et semble aveugle à la menace

Qui plane au-dessus de nos têtes

Mes larmes ne suffiront pas,

Et chacun doit être conscient

Que c’est en cédant aux tyrans

Que l’on s’avilit pour de bon ;

Soyons, de toutes les nations,

Déterminés et solidaires,

Soyons loyaux et exemplaires,

Et pour nos amis tenons bon !

Mes larmes ne suffiront pas,

Mais chacun peut à sa manière

Mettre à l’édifice sa pierre ;

En restant droit, libre et tenace

Afin que justice se fasse

Et que la paix ne soit pas vaine.

Le répit est fini

Mais si tant est qu’il ait

Un instant existé,

Le répit est fini.

Quel est donc l’alibi

Servi cette fois-ci ?

Qui peut croire à nouveau

Que cette tragédie

N’est pas pour l’agresseur

Mûrement réfléchie ?

Assez d’hypocrisie !

Regardons la souffrance

D’un peuple dans les yeux

Et osons témoigner,

Nous qui vivons en France,

De ces atrocités

Dont on connaît l’enjeu.

L’on ne peut cautionner

Aucun contrat signé

Au nom de la nation

Avec des dirigeants

Qui règnent en tyrans,

Asseyant leur pouvoir

Sur de la corruption.


Face à ces lâchetés

Qui nous rendent complices

De propos explicites

Annoncés sciemment

Serions-nous impuissants ?


L’épuration ethnique

Se poursuit pour de bon

Et nos actes iniques

Nous précipiteront

Dans l’abomination,

Si nous n’agissons pas

Comme nous le devons.

Tout est là

Ce sable poussiéreux serait votre désert

Immuable étendue où les os se dispersent,

Le gazon verdoyant vos champs d’herbe nouvelle

Dont la couleur se perd sous des rayons ardents


Ces arbres tout au fond, les forêts millénaires

Offrant leur oxygène et l’abri bienfaisant,

Où l’espoir viscéral des gens de cette terre

Fait jaillir des prières comme d’intimes chants

Juste au-dessus de nous, les merveilles du ciel ;

Ces bleus mêlés de gris changeant à chaque instant,

Ces lueurs qui élèvent ici et maintenant

Pour préparer notre âme au mystère suprême.