Combien de fleurs ?

Combien de fleurs sont-elles tombées ?
Combien de roses ?
Ce que la mer nous a confié,
Combien de choses ?

Aux petits points du jour, cousus à perdre haleine, derrière la vitre et sur le toit,
Entre les draps
En dentelle d’un sommeil trop court, tachetés de rêve,
Dans la douce clarté de ton parfum si frêle,
J’ai encore sous les yeux les courbes d’ombre de ton corps, la fraîcheur de ta joue
Marbrée sur mon épaule.

Combien de fleurs sont-elles tombées ?
Combien de roses ?
Ce que la mer nous a ôté,
Combien de choses ?

Là, sur la passerelle, ta beauté plein la gorge
Et la houle se soulève et se creuse dans ma poitrine, déferle entre mes tempes.
De la baille plein les yeux et sur mon front
Ses promesses de nuits toute aussi brèves, en traces bleu-mauve.
J’ai des fantômes plein les doigts. Quand les aussières s’évadent
C’est comme un déchirement.

Combien de fleurs sont-elles tombées ?
Combien de roses ?
Ce que la mer nous a offert,
Combien de choses ?

Les silences se superposent et entravent
Les berceuses clandestines. L’air est un Absolu. Prendre la franchise
Indocile des récifs et la force
Du vent. Mes pas vers toi sont sans ressac. Et tes doutes,
Les peurs à l’orage arrachées,
Ballets d’embruns d’écume, lambeaux
De soie de sang accrochés aux ronciers, les lueurs des phares
Les effleurent effacent.

Combien de fleurs sont-elles tombées ?
Combien de roses ?
Ce que la mer nous a légué,
Combien de choses ?

Impudence désert où l’attente vitrifiée hurle.
Féroce est le satin de l’eau. La vie a de ces indécences !
Et la fureur croît sur les regs de nos illicites. Où l’esprit
Et le corps se déconnectent, je t’improvise mon amour.
Lève le regard et serre mes doigts,
Envoie-moi un baiser fuyant : j’ai rembarqué,

Pour toutes les fleurs qui sont tombées,
Pour une rose,
Pour ce que la mer m’a donné,
Pour toutes ces choses.


Poème de Anwen
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