Quand Paris dansait

Quand Paris dansait avec Marianne,
Quand Paris dansait, vous souvenez-vous ?
Quand Paris vibrait sous les barricades,
Quand retentissait le fracas des armes ;
C’est La Carmagnole que l’on apprenait !

Quand Paris chantait avec Marianne,
Quand Paris chantait, vous souvenez-vous ?
Ces hymnes féroces aux refrains guerriers
Qui ouvrent la voie de la liberté
Par des bains de sang systématisés,
Pour des Droits précieux que l’humanité
Voudrait bien ne plus savoir bafoués… ;
C’est leÇa ira que l’on entonnait !

Quand Paris riait avec Marianne,
Non, vous n’allez pas vous en rappeler…
On ne riait pas durant les saccages
Que couvraient les chants révolutionnaires,
Quand tombaient les têtes de ces tortionnaires
Qui avaient laissé le peuple affamé.
Combien de bourreaux, combien de victimes,
Ont connu le fer de la guillotine ?

Siècle des Lumières, vous vous méprenez ;
La pieuvre assassine n’a pas succombé,
Marianne n’est pas encore sauvée !

Convention

Elles disent que j’ai tort
De m’attacher si vite
De m’accrocher si fort,
Et que sans une invite
Ce sont de vains efforts…

Elles disent que c’est l’homme
Qui fait le premier pas
Et que c’est à la femme
De refuser ou pas ;
C’est dans l’ordre des choses
Si les hommes proposent
Et les femmes disposent…

La femme amoureuse
Laisse son amant
Décider du lieu,
Choisir le moment,
Et surtout ne prend
Pas de directives…
Mais l’initiative,
Au lit c’est charmant !

Une femme honnête
Ne sort pas du rang ;
Une femme fière
Ne joue pas le jeu
De son prétendant…

On dit volontiers
Qu’un homme est sincère
Quand il est capable
De laisser tomber
Ce qui lui est cher
Pour sa bien aimée…

Mais l’on se condamne
À brève échéance,
À vouloir tuer le peu de son âme
Dont l’indépendance semble déplacée…

Au lieu de refouler
Nos fougueuses pulsions,
Mieux vaut apprendre à vivre,
Conscients de nos désirs,
Afin d’éviter qu’ils ne fassent
Un jour surface,
Sans avoir été invités,
Et viennent alors tout gâcher…

Or les femmes, à ce qu’il paraît,
Ont dans la peau leur savoir-plaire,
Dans le cerveau leur savoir-faire
Que des décennies de pratique
Ont permis de perfectionner…

Celles qui manquent de technique
Devraient-elles mentir ou tricher,
Ne plus s’écouter elles-mêmes
Pour ne pas, leur vie tout entière,
Se consumer à sens unique,
Sans être payées de retour
Par un tout petit peu d’amour ?

Faut-il appâter de ses charmes
Tous les poissons des environs,
Et pour un seul qui nous désarme
Laisser les autres à l’hameçon ?

Si vivre avec son temps
C’est ne faire attention
Qu’à sa propre satisfaction,
Alors je suis résolument
D’un siècle différent…
Mais nager à contre courant,
Quand on est seul, c’est pas marrant.

Viols

Des fillettes outragées,
Parfois des garçonnets,
Comme des fleurs sauvages
Méchamment piétinées,
Consciemment abîmées ;

Des êtres sans défense
Choqués et condamnés,
Fauchés dans leur enfance
Par quel homme frustré ?

Quelle atroce démence,
Quel esprit de vengeance,
Quel démon refoulé
Ou quel abject trophée,
Les poussent à commettre
Ces crimes pitoyables,
Actes irréparables ?

Faut-il restituer
La peine capitale
Pour celui qui saccage
En toute impunité,
Ou le tuer sur place
Comme on l’a suggéré,
Ou encore l’enfermer
Jusqu’à ce qu’il trépasse ;

Le laisser, et attendre
La justice immanente,
La punition divine,
Ou bien à l’acculer
À son inévitable
Dernière extrémité,
Le pousser au suicide ?

Comme on est désarmé
Lorsqu’il faut condamner
Une humaine existence ;
Et quelle est la sentence
La mieux appropriée ?
Sait-on vraiment juger
Ces meurtres abominables
Qui font à ces minables
Tant de publicité ?

Quoi que l’on fasse
Quoi que l’on dise
Rien n’efface le pire,
L’épreuve traumatise.
Car seule la mort emporte
La marque indélébile
Des chairs martyrisées
Et les rêves souillés
Des êtres abusés.

Alors faisons en sorte
De ne jamais laisser
Les enfants désarmés
Face à l’adversité
D’une perversité 
À laquelle ils seront,
Comme nous le craignons,
Sans doute confrontés.