Pourquoi le silence
Et pourquoi les cris,
Notre confiance
Si souvent trahie
Pourquoi l’existence
Déçue et salie
Quand notre espérance
Rêve d’infini
Pourquoi le silence
Et pourquoi les cris,
Notre confiance
Si souvent trahie
Pourquoi l’existence
Déçue et salie
Quand notre espérance
Rêve d’infini
– Au peuple de l’Artsakh –
L’Artsakh ne serait plus ?
Sans rien pouvoir changer,
L’on sonnerait le glas
D’une démocratie,
Sans plus se révolter,
Lassé de s’émouvoir,
Résigné et hagard ?
L’Artsakh ne serait plus
Qu’une terre perdue,
Tant d’autres avant elle ;
Et l’on s’habituerait
À laisser les tyrans
Proférer des menaces
Et tirer les ficelles ?
L’Artsakh ne serait plus ?
Faudrait-il accepter
Cette fatalité
Puisque le mal est fait ?
Voir ces croix enlevées,
Ces sites profanés,
Ces lieux débaptisés,
L’Histoire falsifiée,
Tout en restant muets,
C’est trop nous demander.
Trahisons et confidences,
Intrigues et confiance ;
Tant de cours d’eau détournés
De tsunamis provoqués
Par de fausses apparences,
Mais l’être humain se dévoile
Quand il se prend dans la toile
Des impostures niées,
Miroir de ses vanités
Le fracas et la violence,
Des cris suivis de silence,
La souffrance contenue ;
La présence puis l’absence
De ceux que l’on a perdus
Le fracas et la violence,
L’innocence qui n’est plus ;
Vivre avec la conscience
D’un gâchis de vies immense
Et le traumatisme intense
De l’espérance déçue
Et l’on pense sans cesse à toute la détresse
D’inconnus aperçus au détour d’une image,
Observant pétrifié le tragique engrenage
D’une folie humaine aveugle et meurtrière
Les photos de bonheur d’une jeunesse en liesse,
Des êtres qui se cherchent, éperdus de douleur ;
Des familles brisées par la soif mortifère
De ceux qui par défi ont choisi la terreur
L’empreinte indélébile des frappes terroristes
Massacrant un à un ceux qui sont pris pour cible,
L’effroyable supplice d’âmes traumatisées ;
Les urgences vitales qui comptent les secondes
Égrenant la cadence des heures arrêtées
L’onde de choc et puis, escalade macabre,
Arrive la riposte brutale et insensée ;
Un déluge d’obus qui s’abat avec rage
Et nos rêves se perdent dans ce fracas sauvage ;
Explosions en cascades, villes déchiquetées,
Poussière de béton mêlée de sang, de larmes
Cet enfer qui s’abat sur ces terres sacrées
Laisse bien peu de place à notre humanité ;
La punition des hommes a de nouveau frappé
Et l’on reste interdit, choqué et dévasté
Par ces terribles scènes, spectateur impuissant
De l’antique précepte « Œil pour œil, dent pour dent ».