Sonnette d’alarme

– Aux Arméniens d’Artsakh, sous blocus azéri depuis le 12-12-2022, soit plus de 7 mois…

Et à tous ceux dont les droits élémentaires sont niés –


Blocus interminable, familles séparées

Enserrées par l’étau de ces forces armées

Qui étranglent un peuple piégé de tous côtés ;

L’enfance qui s’étiole entre des barbelés.

Tant de mois affamés, séquestrés sur leur terre,

Sans qu’une action concrète ne vienne condamner

De tels agissements qui pourtant sont contraires

À bien des règlements que l’on a promulgués.

Les droits des prisonniers sans cesse bafoués,

Équité reléguée au fond des oubliettes,

Qu’attendons-nous enfin pour tirer la sonnette

D’alarme qui prévient que l’on a dépassé

La limite acceptable de ces brutalités ?

Trop peu de gens debout contre cette infamie,

De voix criant « Assez ! », tournées vers l’Arménie,

Et l’Artsakh opprimée sous le joug ennemi,

Poursuivant l’héroïque lutte pour sa survie.

Trop peu pour dénoncer ces procédés iniques,

Ces contrats criminels que sans honte l’on signe

Mais dont nous paierons tous l’exorbitant tribut ;

Infractions à nos lois et vils coups de canif

Aux valeurs que nos âmes, éprises d’absolu,

S’entêtent à défendre, probes et résolues.

Tristes échos de Palerme

– À Élio –

Votre voix dans un souffle, à l’autre bout du fil,

Partageant son vécu à l’oreille attentive

D’une illustre inconnue par le biais incertain

D’une conversation sincère et empathique

Qui déborde soudain du cadre juridique

Où elle s’inscrivait, sous l’étonnant instinct

De deux êtres liés par le désir commun

De plaider pour un monde un peu moins inhumain.

Besoin irrépressible de transmettre à autrui

Le chagrin permanent d’une âme dévastée,

Accablée d’assister à l’odieuse agonie

D’un peuple prisonnier d’une terre meurtrie

Qui laisse un goût amer à ceux qui sont partis,

Pour vivre décemment dans quelque autre pays.

Tragiques confidences, douloureuses suppliques,

Flot ininterrompu d’observations sinistres,

Courant impétueux où tout à coup jaillissent

Des tourbillons de peur et des vagues de crimes

Qui vous serrent la gorge, broient votre âme sensible.

Fausse démocratie, meurtres sans sommation,

Des années de misère et de renoncement ;

Bilan désespérant d’élus de la nation

S’étant désengagés de leur noble mission,

Laissant les habitants dans un tel abandon

Qu’il en est pathétique, comparé au prestige

De tous ces monuments bâtis avec talent ;

Culture mémorable, remarquables vestiges

Recelant le trésor de ces chefs-d’œuvre antiques ;

Intemporelle manne réservée aux puissants.

Un lugubre tableau dépeignant la Sicile,

Et plus encor Palerme où votre cœur réside,

En raison de la pègre asservissant cette île

Dont la population reste prise pour cible,

Livrée à la mafia qui corrompt et trucide

Sans aucun état d’âme qui veut sortir du rang

Et règne sans partage par ses crimes de sang.

La vie ne nous épargne pas

– À mon père –


La vie ne nous épargne pas ;

Elle nous secoue, nous bouscule,

Bouleverse nos habitudes

Vient ébranler nos certitudes,

Nous pousse à aller au-delà

La vie ne nous épargne pas

Mais elle est faite pour cela ;

Dressant devant nous des obstacles

Lorsque l’on ne s’y attend pas

Pour mieux nous apprendre ses lois

La vie ne nous épargne pas ;

Elle nous invite à mieux faire,

À nous lever ou à nous taire,

Prendre le recul nécessaire

Pour changer ce qui ne va pas

La vie ne nous épargne pas ;

Éprouvant notre ambivalence

Pour éveiller notre conscience

Et ne plus être ballotté

Au gré des courants chauds ou froids

La vie ne nous épargne pas ;

Il faut chercher, creuser sans fin

Pour avancer sur le chemin

Nous guidant vers la résilience

Et le dépassement de soi

La vie ne nous épargne pas

Mais nous dévoile tout au long

Des méandres de l’existence

Des univers insoupçonnés

Et des fenêtres sur le monde.

Comment ne pas songer

– Au peuple de l’Artsakh, sous blocus azéri depuis le 12-12-2022 !

Comment ne pas songer aux gens dans le besoin

Quand on voit l’égoïsme et le consumérisme

Qui nous caractérisent, nous qui sommes si loin,

Inconscients de ce monde et ne manquant de rien,

Quand des familles entières luttent au quotidien,

Certaines isolées depuis des mois entiers

Par un blocus qui n’est qu’une guerre de plus,

Une guerre larvée contre une identité,

Pour acculer un peuple à quitter ses foyers,

Laissant tant de familles dans la précarité,

L’angoisse insupportable d’être ainsi séparées ;

Des enfants d’un côté, de l’autre des parents

Impuissants à scier les barreaux virtuels

D’une prison réelle, menant à l’asphyxie

D’une démocratie que l’on veut effacer.

La route de la vie a bien été coupée,

Sans que cela n’empêche de dormir aux sommets.

Parmi les citoyens d’un monde sans merci,

N’étant pas concernés par des faits minorés,

Faiblement ébruités pour ne pas s’en mêler,

Et mal interprétés, qui donc va se lever ?

Quand des soldats en armes, sensés les protéger,

« Garantissant la paix », gardent des barbelés

À tous les carrefours où on les a postés,

Sans autre compassion que leur non expression

Privant les habitants d’une circulation

Qui leur épargnerait ces graves privations.

Une petite grand-mère

Փոքրիկ տատիկ

– À Miko –


C’est une vieille femme au visage ridé,

Dans l’âpre destinée du peuple de l’Artsakh,

N’ayant pas attendu qu’on vienne la sauver

Pour prendre les devants en dépit de son âge

Gardienne volontaire d’un modeste foyer,

Supportant sans se plaindre les tâches quotidiennes,

Gilets superposés sur sa robe de laine

Et jambes protégées sous des collants épais ;

La petite grand-mère brave l’adversité

Sous son air pacifique elle est déterminée

À ne pas se soumettre aux soldats ennemis

Qui ne se cachent plus derrière un alibi

Pour commettre au grand jour leurs mille et un méfaits

Déposée sur l’étoffe d’une banquette bleue,

L’arme déjà chargée prête à ouvrir le feu ;

Une kalachnikov parfaitement huilée

Attend paisiblement qu’on vienne la chercher.