Parfum d’herbe coupée

Parfum d’herbe coupée
Dans l’air tiède exhalé,
J’entends dans le lointain,
Continu et léger,
Le doux vrombissement
D’un moteur cahotant
De tondeuse passée…
 
Compagnons roses, liserons blancs
Ou pissenlits jaune éclatant,
Chaque recoin de terre
Fleurit et me rappelle
Les souvenirs anciens
Des week-ends en famille
Au temps des frondaisons ;
 
La tonte du gazon,
L’amas de verts débris
Moelleux et aériens,
Que le vent éparpille
Sur l’émeraude écrin…
 
Le verdoyant tapis
De l’herbe du jardin
Raccourcie avec soin,
Allonge le terrain,
 
Donnant à tous ces brins
Si fraîchement coupés
Cet aspect velouté,
Plus rêche sous la main.

Les voilà revenus

– À mon frère –


Les voilà revenus pour mon anniversaire,
C’est le plus beau cadeau que l’on pouvait me faire !
Depuis quelques semaines déjà je les guettais,
Sourdement je craignais qu’ils boudent cette année
Ce décor ordinaire qui nous est familier.
 
Les voilà revenus, et je les attendais,
Impatiente de voir dans nos cieux repeuplés,
Leurs rapides ballets qui zèbrent les nuées
Et leurs cris qui transpercent depuis bien des étés,
L’atmosphère voilée de nos tristes cités.
 
Les voilà revenus, alertes et pressés,
Sillonnant, si légers, nos climats tempérés,
Comme autant de faucilles au plumage de jais
Dont la course balaie notre ciel printanier,
Bien-aise d’héberger ces grisants Martinets.

Jolie Lune rousse

Jolie Lune rousse
Si proche de nous,
Tu nous éclabousses
De ton éclat roux.

En quittant à la brune
Ton berceau sur la ville,
Sous mes yeux éblouis
Et l’encre de ma plume ;

Astre de mes pensées
Tu as pu te lancer,
Solitaire et tranquille,
Si pleinement visible,
Dans l’ascension des cimes
De la voûte céleste,
Au zénith de la nuit.

Ce matin, toujours belle
Avec ta blanche mine
Déjà passée à l’Ouest,
Ta douceur se révèle
En accueillant, paisible,
De l’aube les lueurs.

Ton disque se dessine
Sur les roses splendeurs
Du jour qui vient de naître
Tandis que peu à peu
Je te vois disparaître
Dans un océan bleu,
Diluée dans les cieux.