Lune d’avril

Pleine lune d’avril,
Large écu de platine
Dont la lumière intense
Réveille l’endormie ;

Quand au cœur de ta course
Tutoyant la Grande Ourse,
Tu t’attardes un instant,
Caressant mon visage
De l’éclairage pâle
De tes rayons d’argent.

Bel astre de la nuit
Qui poursuis patiemment
Ton incessant voyage,
Je suis ta trajectoire
Songeant à tous les êtres
Guettant par la fenêtre
Ton sourire du soir.

C’est un arbre

C’est un arbre solitaire,
Majestueux survivant
De la race des géants
Déjà présents sur la Terre
Bien longtemps avant notre ère.
J’en aime la protection
Et la simple évocation
Quand, des brindilles au tronc,
Changeant au fil des saisons,
Il fait voyager nos âmes,
Met nos cœurs au diapason,
Fait la part belle au feuillage
Rafraîchit sous son ombrage,
Donne à l’oiseau sa maison.

Un arbre

C’est un arbre si tranquille
Silencieux et immobile,
Majestueux survivant
De la race des géants
Déjà présents sur la Terre
Si longtemps avant notre ère ;

C’est un arbre sans famille
Mais un amas de brindilles,
Vestige d’un ancien nid,
Atteste qu’il fut un temps
Où piaillaient des oisillons
Pour lui tenir compagnie ;
Mais même les papillons
Ne viennent plus jusqu’ici.

C’est un arbre qui s’efforce
De tenir bon malgré tout
En restant toujours debout,
Et lorsque sa silhouette
M’apparaît à la fenêtre
Je puise un peu de sa force.

C’est un arbre qui nous lie
Aux racines de la vie ;
Après cet hiver très sage
Il a ouvert ses bourgeons
Et des milliers de chatons
Agrémentent ses branchages.

L’homme et le scorpion

Un été, voilà vingt ans,
Sur un autre continent,
Cinq amis sont réunis
Avec pour toute folie
L’envie de vouloir passer
Un moment privilégié
Dans la montagne escarpée.
 
Quand se fait sentir la faim,
Le barbecue tombe à point
Pour y rôtir le lapin,
Les oiseaux pris le matin
Par le chasseur de la bande.
Attiré par ce fumet,
Un scorpion jaune s’avance.
 
S’approchant trop près du groupe,
Un pied lui barre la route.
Il s’en prend à la chaussure,
L’attaquant avec vaillance,
Voulant gagner à coup sûr
Ce combat perdu d’avance.
 
Voyant qu’il ne cède pas,
L’homme afin de le dompter,
Se résout à l’asperger
D’une giclée de vodka.
L’arthropode ainsi douché
S’efforce de le piquer
Mais, ivre, n’y parvient pas.
 
Il titube un peu sonné,
Cesse un moment de bouger ;
Mais quand l’effet de l’alcool
Finit par se dissiper
Il reprend tous ses esprits,
Redoublant d’hostilité,
Le dard à nouveau dressé.
 
Alors pour avoir la paix
Jusqu’à la fin du repas,
Renouvelant l’expérience,
L’homme verse une rasade
D’eau-de-vie sur l’animal
Pour plus qu’il ne se hasarde
Près des braises rougeoyantes.
 
Aussi faut-il se garder
Des promeneurs alcooliques,
Même si l’on est doté
D’un redoutable poison,
Sous peine de se trouver
Dans un coma éthylique
Et de perdre la raison.


Ce poème est dédié à Monsieur Hovhannès Haroutiounian qui m’a confié ce souvenir.

Les pies

Dans son habit du dimanche
Plumes noires, plumes blanches,
Élégante en queue-de-pie,
La coquette s’enhardit
Tout en gardant ses distances,
Attirée par ce qui brille.
 
La jacasse va et vient
Dans les parcs, les jardins
Qui embellissent la ville.
Voletant de toit en toit
D’arbre en arbre, la voilà
Dans sa tenue d’apparat,
Avec son long balancier
Qui s’irise de violet.
 
Plumes de jais, reflets bleus,
Chatoyances métalliques,
Les ageasses rassemblées
Sur les câbles électriques,
Fanfaronnent bien un peu.
Elles se toisent, se chamaillent,
Curieuses, vives, bavardes,
Tandis qu’elles jouent au jeu
De la chaise musicale.
 
Quand les pies sont de sortie,
Jabots noirs et ventres blancs,
Elles se disputent souvent
Et s’ébattent bruyamment ;
Mais en les voyant voler
Toutes plumes écartées,
Dans leur superbe livrée
Et leurs gants de communiantes,
 
Je ne peux pas m’empêcher
De les trouver attrayantes,
D’apprécier leur prestance,
Leur plumage distingué
Et cette franche alternance
Des plumes noires et blanches.