Manouchak

Au-delà des nuages
Qui tapissent l’espace,
Groupés en altitude,
L’azur se fait plus pur,
Les pentes plus abruptes,
La terre plus aride…
 
Les roches volcaniques,
La végétation rase,
Donnent au paysage
Son aspect minéral ;
Les neiges éternelles
Par endroits le blanchissent.
 
Malgré ces difficiles
Conditions climatiques,
Dans ce lieu préservé
Où l’aigle a son refuge,
L’étonnante nature
Déploie tout son génie.
 
Car là, dans les névés,
Sous la voûte céleste,
Les pieds emprisonnés
Par les cristaux glacés,
La petite violette
Si fragile, si frêle,
Réussit sans conteste
À redresser la tête
 
Et, reine des sommets,
Le temps d’être baignée
Par les rayons solaires
Si fièrement fleurit ;
Prouvant si nécessaire
Qu’elle a su remporter
Le combat de sa vie.


Le mot « Manouchak » signifie « Violette », en arménien

Ce poème est dédié à Monsieur Hovhannès Haroutiounian qui m’a confié ce souvenir.

O papillon

Ô papillon, toi qui cherches
Sous terre un autre soleil,
Que fais-tu sous la lumière
Des lampes artificielles ?
 
Comment t’es-tu égaré
Sous ces néons qui éclairent
Béton et murs faïencés ?
 
Penses-tu pouvoir trouver
Ta future fiancée
Dans ces couloirs sans fenêtre ?
 
Comment sortir de ce piège
Qui pourrait te condamner,
À une échéance brève ?
 
Si tu trouves le chemin
Menant à la liberté,
Ne remets pas à demain,
 
Vole sans te retourner
Vers le ciel qui t’a vu naître,
Et les fleurs à butiner.

Drame sous le cerisier

– À ma fille –

Drame sous le cerisier ;

Quelques touffes de duvet

Et des plumes dispersées

Attestent bien qu’une lutte

S’est violemment déroulée

Dans l’herbe au petit matin.

Pas de trace du coupable,

La victime est introuvable ;

Mais si l’assassin revient

Rôder dans notre jardin,

Sur les lieux de son forfait,

Nous nous tiendrons aux aguets

Afin de le démasquer.