Vous qui volez sous mes fenêtres
J’aime vous regarder passer,
Légers comme des hirondelles,
Sans jamais que vous n’arrêtiez
Vos courses folles dans le ciel,
Vos tournoiements dans les nuées
Ponctués de battements d’ailes,
Avant de vous laisser porter
Sur d’invisibles courants d’air,
Sans jamais venir vous poser.
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Chante, chante bel oiseau
Chante, chante bel oiseau,
Lance tes trilles en écho ;
C’est la saison des amours
Et se prolongent les jours.
Sortie autorisée
Une heure dans la journée
L’on peut encore goûter
Au plaisir règlementé
De marcher, sans dépasser
Les confins de son quartier…
Pourtant je ne le fais pas.
Il fait si bon déjà,
Ça ressemble à l’été.
Un soleil désœuvré
Brille au-dessus des toits…
Mais j’avais oublié
Cette sensation-là.
Une pie s’est posée
À un mètre de moi,
La glycine est jolie ;
Il y a du lilas
Déjà fleuri là-bas…
Je ne le savais pas.
Dans le stade d’à côté,
Courant sur le vert gazon,
Des jeunes jouent au ballon
Une partie endiablée…
Est-ce donc autorisé ?
Non, je ne le pense pas.
Nulle trace dans les nues,
Pas d’autos sur l’avenue ;
Les êtres qui se déplacent
Se protègent sous un masque…
Ne pouvant pas devancer
La fin du confinement,
C’est un rendez-vous manqué
Avec l’allègre printemps.
Alors la lune rose
Alors la Lune rose
Dans la fraîcheur de l’aube
Un instant prend la pose
Et s’efface à demi…
Puis, dans un fondu mauve,
Elle s’évanouit.
Ta rose
Tu l’avais laissée si belle
Dans sa carafe d’eau fraîche,
Ta rose d’anniversaire ;
Rouge bouton resserré
D’une fleur qui vient à naître,
Pendant que tu t’absentais
Quelques temps à l’étranger.
Mais quand tu revins chez-toi,
Six mois s’étaient écoulés
Et le printemps commençait
À reverdir les sous-bois.
Pouvais-tu imaginer
Ce qui se passait là-bas ?
Tandis que tu observais
Ce que tu avais quitté,
Dormant sous la couche fine
De cette poussière grise
Qui partout s’était glissée,
Ton regard fut attiré
Par ce tableau merveilleux
Déployé devant tes yeux ;
Elle trônait, irréelle,
Dans un angle de la pièce
Et s’était épanouie
D’une si belle manière
Que tu en fus ébloui…
Il te fallut un moment
Avant de bien reconnaître
Cette fleur encor fermée
Qu’une amie t’avait offerte.
Dans ce lieu qui abritait
Les œuvres que tu peignais,
Ses pétales veloutés
Lentement s’étaient ouverts,
Prenant doucement leur aise
Jusqu’à cette apothéose
Généreuse de la rose.
Ta rose d’anniversaire
Avait passé tout l’hiver
Seule dans ton atelier,
Et te donnait le meilleur
De ce qu’elle pouvait donner ;
Sa patience et sa beauté.
Ce poème est dédié à Monsieur Hovhannès Haroutiounian qui m’a confié ce souvenir.
