Moustique dans la nuit

Il se présente à tout moment, mais le plus souvent dans la nuit,

Tournoyant avec insistance près de votre corps endormi,

Vous réveillant sans repentance, vibrant du refrain lancinant

Zonzonné contre votre oreille, qui très vite vous exaspère

Et vous empêche pour longtemps de replonger dans le sommeil.

Il s’installe sournoisement et guette sa proie démunie

Qu’il vient harceler sans répit, revenant toujours à la charge

Avec une énergie tenace et un insatiable appétit.

La victime qui se débat contre cette sangsue volante

Ne pourra pas lui échapper sans équipement adéquat,

Sauf en se terrant sous les draps malgré la chaleur étouffante.

Il est parfois de vains combats qui nous laissent désemparés

Face au regrettable constat de pieds ou de doigts boursoufflés

Par les piqûres répétées. Bien malin qui l’attrapera !

Allumez, il disparaîtra, invisible à nos yeux cernés,

Sur le mur où il s’est posé ou sur le meuble d’à côté.

Quand le jour aura diffusé sa lueur entre les volets,

Le brigand se sera sauvé, ou se sera dissimulé

Dans un endroit hors de portée, à moins qu’une main plus futée

Vienne d’un seul coup l’achever, scellant ainsi sa destinée.

Trois lièvres

– À O. –


Longues pattes et queue blanche,

Trois lièvres bruns parlementent

Sous la pluie aux gouttes fines,

Grignotant en dilettante

De vertes pousses graciles.

Dos ronds et longues oreilles

De noir joliment bordées,

Deux beaux lièvres font la sieste

Sous l’îlot d’ombre d’un chêne,

Entre trèfle et graminées.

Un levraut surgit au loin,

Bondissant sur le chemin,

Flèche qui trace sa route,

Comme si le loup soudain

S’était lancé à ses trousses.

Filant à toute vitesse,

En un clin d’œil il traverse

Le terrain jusqu’au talus,

Énergique et résolu,

Puis repart en sens inverse

Dans une course effrénée.

Quelle joie de regarder,

Plein d’une fougue obstinée,

Ce jeune qui joue et teste

L’incroyable agilité

Que lui donne son espèce,

Dans un élan mémorable

Dépassant l’espièglerie !

Et la tortue de la fable*

Pourrait perdre son pari.



* Jean de La Fontaine : Le Lièvre et la Tortue

Dernier regard du jour

– À ma mère –

Dernier regard du jour sur le champ de blé mûr

Aux épis coiffés d’or. Les troènes en fleurs,

Libérant les accords d’une haie de senteur,

Embaument l’air ambiant, ivresse des chemins.

Dépassant des jardins, chèvrefeuille et jasmin

Distillent aux passants leur murmure enivrant.

La marche est silencieuse au cœur de la nature,

Et le regard se perd à travers la ramure

Tortueuse des pins. La chanson ponctuée

De roulades et trilles d’un beau chardonneret

Sur un branchage gris attire l’attention ;

Pluie dorée du cytise au doux parfum miellé,

Belles-dames, vulcains, les ailes déployées

Pour mieux se réchauffer sur l’arbre aux papillons

Chargé de grappes mauves, ne renient pas leur nom.

La terre enfin respire près des rives tranquilles

Au sable fin sculpté, marbré de goémon,

Et le ciel cristallin bleuit à l’horizon,

Traversé seulement par le vol nonchalant

D’une mouette argentée revenant de l’estran.

Craquements dans la nuit

Craquements dans la nuit, grondement du tonnerre,

Zébrures de lumière, ruissellement de pluie,

La fraîcheur envahit peu à peu l’atmosphère

Trop lourde de la veille, surprenant l’endormie.

Roulements de tambour qui annoncent l’orage,

Fracas qui se répète dans un ciel indécis,

L’eau s’écoule à grand bruit et ce remue-ménage

Fait taire les oiseaux gazouillant dans leurs nids.

Après le vent, silence ; serait-ce une autre chance

De poursuivre ses rêves en retournant au lit ?