Un papillon Machaon

– À mon père –

Un papillon Machaon volète de-ci de-là,

De gros bourdons veloutés s’activent ici et là

Dans un ballet bourdonnant, au cœur des bougainvillées,

Trop heureux de butiner ce pollen aux grains ambrés.

Ce petit monde s’agite, diligent et affairé ;

Une abeille charpentière aux ailes d’un noir bleuté

Passe, tel un bombardier, pour s’en aller visiter

Les buissons de genêts pourpres et de sauges carminées.

Où s’en vont les martinets

– À Thierry L.-C. –

Où s’en vont les martinets

Quand le soleil s’est couché,

Quand le ciel s’encre de noir,

Que leurs sifflets ont cessé ?

Où s’en vont les martinets

Quand, échappant à nos yeux

Dans le soir silencieux,

Ils se fondent dans les cieux ?

Vont-ils vers d’autres contrées,

Là où naissent les mirages,

Dans les lueurs argentées

D’une lune aux joues nacrées ?

Où s’en vont les martinets,

Après la ronde apaisée

Où ils se laissent porter

Par les courants élevés ?

Jouent-ils avec les nuages,

Floconneux et lactescents,

Rêvent-ils près des étoiles,

Planent-ils au gré du vent ?

Où s’en vont les martinets

Quand le soleil s’est couché,

Quand le ciel s’encre de noir,

Que leurs sifflets ont cessé ?

Vont-ils décrocher la lune

Pour venir nous l’apporter,

La caressant de leurs plumes

Pour mieux la faire briller ?

Ephémères

Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept

Patientent les Éphémères

En semis sur les carreaux,

Frêles esquifs amarrés

Sur la paroi verticale,

Leurs ailes fines dressées

Comme autant de chars à voile

Se préparant au départ

D’une course programmée.

Lentement ces éphémères

Que l’on croirait pétrifiés,

Ou peut-être hypnotisés

Par ce miroitant reflet ;

Se transforment, solitaires,

Et restent, troublant mystère,

Sans rien boire ni manger,

Les ailes jointes serrées

Dans une même prière.

Au petit matin ils quittent

L’enveloppe de chitine,

Libérant leurs corps léger ;

Abandonnant leur mue grise

Restée fixée à la vitre

Pour terminer en beauté

Dans une ultime envolée,

Ballet d’amour éphémère,

Leur existence si brève.