– À O. –
Longues pattes et queue blanche,
Trois lièvres bruns parlementent
Sous la pluie aux gouttes fines,
Grignotant en dilettante
De vertes pousses graciles.
Dos ronds et longues oreilles
De noir joliment bordées,
Deux beaux lièvres font la sieste
Sous l’îlot d’ombre d’un chêne,
Entre trèfle et graminées.
Un levraut surgit au loin,
Bondissant sur le chemin,
Flèche qui trace sa route,
Comme si le loup soudain
S’était lancé à ses trousses.
Filant à toute vitesse,
En un clin d’œil il traverse
Le terrain jusqu’au talus,
Énergique et résolu,
Puis repart en sens inverse
Dans une course effrénée.
Quelle joie de regarder,
Plein d’une fougue obstinée,
Ce jeune qui joue et teste
L’incroyable agilité
Que lui donne son espèce,
Dans un élan mémorable
Dépassant l’espièglerie !
Et la tortue de la fable*
Pourrait perdre son pari.
* Jean de La Fontaine : Le Lièvre et la Tortue
