Après l’hiver

Peut-être aimerez-vous ces vers

Que je vous offre, après l’hiver,

Car je les ai écrits pour vous,

Et tous ceux qui sont assez fous

Pour plonger dans la poésie

Comme on s’immerge en un pays

Dont on entr’aperçoit la terre.              
          

Peut-être aimerez-vous ces vers

Qui vous parlent d’un univers

Né du soleil et de la pluie,

Ne faisant pas beaucoup de bruit,

Mais recelant tant de richesses

Et portant nos espoirs en lui,

Au milieu de cette folie

Qui plombe tant de fois nos vies.

Peut-être aimerez-vous ces vers,

Vibrant au rythme des saisons.

Je les ai glanés patiemment

Jusque sur les ailes du vent

Pour partager ces horizons,

En éclairant de poésie

Le cours des jours, l’ombre des nuits.

Chante

– À Monsieur Shant Mkrtchyan –

Chante les sons, chante les vers, 

Chante la ronde des saisons, 

Feuilles mortes et primevères, 

Du soleil brûlant aux flocons ; 

  

Chante l’oiseau dans la ramure, 

Chante des ruisseaux le murmure, 

Chante l’esprit et la matière, 

Chante l’énergie de la terre ; 

  

Chante la foudre et sa lumière, 

Révélant nos cœurs dans le noir 

En zébrant le dôme céleste 

De la puissance de l’espoir ! 

  

Chante l’exigence du verbe 

Où viennent faséyer les mots, 

Souffle des âmes singulières 

Venues nous effleurer la peau ; 

  

Chante les sons, chante les vers, 

Chante les langues à l’unisson, 

Créant passerelles et ponts 

Ouvrant vers d’autres univers… 

Buveur d’écume

– À T. L.-C. –

Buveur de brume, buveur d’écume,

Buveur de temps, impénitent,

Buveur de prose, faiseur de vers,

Buveur de rêves, cueilleur de roses,

Buveur d’histoires, buveur d’orages,

Buveur d’eau, de vie, de thé vert,

Buveur de rosée, de nectar,

Buveur de nuit, ou d’arc-en-ciel,

Buveur d’étoiles dans les cieux noirs,

Buveur d’océans outremer,

Buveur de larmes, buveur d’espoir,

De poésie et de lumière.


Poème inspiré par le titre du livre de Guillaume Gallienne :

Le buveur de brume.

Faire le deuil

– Aux mutilés de guerre ou de la vie civile

qui peinent à se reconstruire. –


De ces années passées où tout nous souriait,

Faire pourtant le deuil, malgré tant de regrets,

D’une part de soi-même qu’il faut abandonner.

Faire la paix avec son être,

Dès lors, apprendre à regarder

Autrement ce sur quoi, hier,

L’on pouvait sans même y penser

S’appuyer avec fermeté.

Chercher d’inédites idées,

Dépasser ses propres limites,

Toujours plus loin s’aventurer,

Vers de nouvelles réussites.

Ne pas se résoudre à rester

En marge de sa propre vie,

Continuer à s’éveiller,

Même invalide et amoindri ;

Tenter de se réinventer,

Malgré l’âge et la maladie,

Puiser en nous cette énergie

Qui donne le goût d’exister

Dans une nouvelle harmonie.

Dédicace au Grand Palais

La foule se rassemble, s’éloigne, s’éparpille,

Se resserre, serpente, de cordons noirs sertie.

De toutes les couleurs, les livres se déclinent,

S’étalent sur des tables ou par strates s’empilent,

Découverts au hasard et lus en diagonale

Ou longtemps feuilletés, en immersion totale.

Le regard absorbé s’attarde sur leurs pages

En glanant au passage quelque intrigante phrase,

Picorant quelques mots, quelques vers délicats,

Avec délectation, loin des menus tracas.

Pour soi ou pour offrir à quelqu’un de son choix,

Bien des livres circulent pour notre grande joie,

Et l’heureuse fortune d’auteurs plébiscités

Par tous ces visiteurs attendant patiemment

Le moment espéré d’un échange inspirant.