Trois heures

Trois heures du matin.
Je me lève et j’observe
Cette ville baignée
D’une étrange lumière
Tombée des lampadaires.

Le silence est de mise
Dans cette brume grise.
La pluie microscopique
Fait briller la chaussée
Et rafraîchit ma main,
Largement avancée
Par la fenêtre ouverte,
Pour profiter de l’air
Très doux pour un hiver.

J’entends dans le lointain
Un oiseau indistinct
Égrener son refrain,
Avant que le matin
Dévoile ses atouts,

Tandis que deux voitures
Surgies d’on ne sait où,
Blanches toutes les deux,
Roulant à vive allure,
Viennent croiser leurs feux ;
Poursuivant leur chemin
Vers quel lieu mystérieux,
Quel pressant rendez-vous   
Loin de mes yeux curieux ?

La nuit reprend ses droits,
À nouveau tout est calme.
L’obscurité déploie
Son manteau de brocart
Et je peux retourner
Dans les bras de Morphée,
Terminer cette nuit
Bien au chaud dans mon lit.

Viens, Soleil

Viens vers moi, Soleil,
Il fait froid dehors ;
Réchauffe mon corps,
Mon cœur s’ensommeille,
J’ai bu trop de larmes
Et je dépéris.

Je suis sur le fil,
En plein équilibre
Comme tant de femmes ;
Réveille mon âme,
Je sens la tristesse
Obscurcir ma vie.

Éclaire, soleil,
Le chemin qui mène
Loin de ces ténèbres,
Et balaie les ombres
Qui m’ont envahie ;
Dis-moi que demain
Tu brilleras aussi.

Chasse les corbeaux
Qui volent au-dessus
De mon univers ;
Souris aux enfants
Qui sont innocents,

Éclaire leur route,
Sauve-les du doute
Qui me broie souvent
Intérieurement.

Une danseuse

Nuque fragile et col de cygne
Gestes gracieux, membres graciles,
Toute en souplesse, légèreté,
Dans la beauté de sa jeunesse.

Taille cambrée, sourcil arqué
Joue colorée, lèvre nacrée,
Sourire de scène, chignon parfait,
Trop artificielle pour être une vraie
Princesse rêvée de Conte de Fées.

Avec de la rigueur dans l’attitude,
Avec de la froideur dans son regard bleu-dur,
Autoritaire, le menton fier,
Mue d’une volonté de fer
Par sa discipline enseignée ;
Avec un rien d’exagéré
Dans les pauses qu’elle prend,
Les caprices qu’elle fait.

Gitane

Un peu gitane
Un peu tzigane
Le regard sombre
Et l’œil sévère
Avec de l’ombre
Sur les paupières,

Le port de tête altier,
Le caractère entier
Et la démarche fière,
Le cheveu noir
Dans un foulard
Un peu criard,

Et la peau mate
Des bohémiennes,
Âme sauvage
Et corps de reine
Quand elle entre en transes
Et danse sa fièvre,
S’élance et se traîne,

Quand les tambourins
Frappent en cadence,
Qu’un violon égrène
Toute la souffrance
Toute la misère
Que porte la Terre,
En un seul refrain.

Hiver

C’est l’hiver mon amour
Et la neige en paillettes
A recouvert la terre
De sa douce lumière,
De son brillant velours.

Le ciel n’est plus morose,
Il y a dans la danse
De ces petits flocons
Une sorte de joie
Contenue, maladroite,
Légère et tournoyante.

Dans la pâleur du jour
Ces cristaux doux et froids,
Moelleux pompons d’ouate
Sortis de l’oreiller
Rebondi des nuages,
Se trouvent éparpillés
Et jouent, irréguliers,
Sur le gris des façades.