Saisir un regard

– À Marie Joignaux –

Saisir un regard, un sourire,

Une parole, une émotion,

Une lueur venant de l’âme,

Quelques notes en filigrane

D’une existence aux yeux complices

Qui s’avance en nous faisant signe

Présence discrète, sensible,

Que l’on accueille simplement,

Avec chaleur et attention,

L’esprit clair et le cœur confiant,

Tel un cadeau sur le chemin

Qui se révèlera demain

Une bouteille à la mer

– À Hovhannès –

Tout tenter, encore et toujours,

Lancer sa bouteille à la mer,

Écrire des mots et des vers

À disperser aux alentours,

Célébrer la beauté, l’amour,

Partager son regard sans trêve,

Ouvrir son cœur de troubadour

Laisser libre cours à ses rêves.

Lancer sa bouteille à la mer,

La laisser longtemps dériver,

Pour venir enfin s’échouer

Sur le sable fin d’une grève

Où certains passeront tout près,

Sans la voir ni s’y attarder,

Ignorant que ces mots flottés

Pourraient retourner à la mer.

Mais si l’on vient la ramasser,

Intrigué par l’éclat du verre

Sur ce message préservé

Venu d’on ne sait où sur terre,

Débouchant le flacon scellé,

Les mots s’envoleront d’eux-mêmes

Du feuillet enfin déroulé,

Telle la chanson des sirènes,

Et le promeneur solitaire,

Étonné par sa découverte,

S’enivrant de mots et de vers,

Verra le jour s’illuminer.

Pluies torrentielles

Nuées sinistres, pluies torrentielles,

Sol détrempé, cave inondée,

Pignon liquide, mur imbibé,

Route noyée, peau traversée

Et parmi les êtres pressés

De se mettre vite à l’abri

D’un déluge presqu’irréel,

Dans leurs sombres manteaux de nuit,

Courant sous ces dômes de jais

Luisant telles des obsidiennes,

Par le toit rond d’un parapluie

Au refuge providentiel,

Se promène un vif arc-en-ciel