Nuit haïtienne

– Hommage à Farah-Martine Lhérisson –


Nuit haïtienne, quartier privé,
Une agression à main armée.
Soirée d’effroi, vies sacrifiées,
Trois coups de feu auront suffi
Pour décimer une famille.
 
C’est un coup dur pour ce pays,
Un manque pour la poésie ;
Une Plume s’est envolée
Mais ses poèmes resteront
Pour parfaire son oraison
Et nous fredonner sa chanson.

Marie la douce

Installée près de la vitrine

Luxueuse d’un quartier chic,

Marie la douce, tu éclabousses

De ton regard sans artifice

Le boulevard des Capucines.

Sous le soleil du mois de mai

Tu es plus belle que bien des femmes

Qui se promènent, très apprêtées,

Dans ces rues si bien fréquentées ;

Marie sans fard, tellement digne

Que l’on ne peut rivaliser.

Avec tes gestes mesurés,

Tes pommettes rondes plissées

Sur un visage souriant

Auréolé de cheveux blancs ;

Avec ta voix calme et docile,

L’isolement que l’on devine,

Ton chariot, ton petit chien,

Et ton sac à main qui recèle

Les seuls trésors que tu possèdes,

Médaille fine et chapelet ;

Marie fluette dont la retraite

Se réduit en peau de Chagrin,

Chaque fois qu’un nouveau décret

Allège ton porte-monnaie ;

Marie frugale tu te dépannes,

Du côté de la Trinité,

Aux repas offerts en partage

À tous les défavorisés.

Envolée de notes claires

Envolée de notes claires
S’échappant d’une fenêtre,
Chant cristallin d’une flûte
Qui soudainement diffuse
Sa pureté traversière…
Enchantement de l’oreille.
 
J’entends les pleurs d’un bébé.
Un piano, après l’ondée,
Remarquable privilège,
Égrène au loin ses arpèges
Et lance sa mélodie
Dans le silence endormi
Du début d’après-midi.
 
Un chien aboie dans la rue.
La musique a disparu,
Mais provenant du chantier
De l’immeuble d’à côté,
Suivant un autre tempo ;
Des bruits de scie, de perceuse,
Et les coups sourds d’un marteau
Nous tiennent lieu de berceuse,
Tant pis, pour notre repos.
 
Dans le centre de Paris,
La symphonie a repris ;
Des cris de mouettes se mêlent
Au concert improvisé
Des bruitages spontanés
De l’orchestre de la vie.