Dans les crues

Les eaux montent, la pluie tombe,

Pluie battante continue,

Cours d’eau ne retenant plus

Ces flots ininterrompus ;

Villages coupés du monde

Terre immergée, disparue,

Champs noyés, bêtes perdues,

Activités suspendues

Par l’eau boueuse des crues

Des lacs à perte de vue ;

Tant de détresse, de drames,

Vécus dans l’intimité

De ceux qui ont tout perdu

Tout ce labeur balayé

Sous des eaux incontrôlables

Submergeant sur leur passage

Des paysages navrés

Tant d’êtres désemparés,

Démunis et vulnérables,

Ne retenant plus leurs larmes

Sur ce désastre annoncé

Rues et maisons inondées,

Existences dévastées ;

Endurer l’adversité

Et toujours se relever…

Dans leur maison de poupée

Dans leur maison de poupée

Aux larges parois vitrées,

Assis à des bureaux blancs ;

Costume sombre et cravate,

Chemise blanche impeccable,

Des petits hommes travaillent

Regard fixé sur l’écran,

Tapotant sur un clavier

Sans s’occuper du beau temps.

Dans leur maison de poupée

Sans vis-à-vis ni terrasse,

Chaque chose est à sa place,

Tout est savamment pensé.

Hormis le bleu des placards

Ou les damiers orangés

Identifiant l’étage,

Rien ne vient déconcentrer

Ces travailleurs policés,

Assidus et efficaces.

Dans leur maison de poupée

Parfaitement équipée,

De petits comptoirs séparent

Les couloirs désincarnés,

Laissant ouverts les espaces

Pour plus de modernité ;

Nec plus ultra recherché

Pour le bien-être affiché

De ces heureux employés.

Une jeune personne

Dans un couloir passant du métro parisien

Une jeune personne s’est placée en retrait,

Discrète silhouette aux paupières baissées ;

Dans la précarité d’un emploi incertain,

Étudiante peut-être, et privée de soutien

Rien pour la distinguer des filles de son âge

Si ce n’est un détail qui vous chavire l’âme ;

Douloureuse spirale ou phase délicate,

Elle tient dans ses mains une simple pancarte

Où sont écrits ces mots : « J’ai faim »