Etat des lieux

Terre brûlée, calcinée

Terre empoisonnée, niée

Terre tremblée, éventrée

Terre noyée, submergée

Presque partout la violence ;

La vie n’a plus d’importance

L’amour est en somnolence,

L’esprit réduit au silence

Le ton monte et la colombe

Survolant la mappemonde

Ne voit que guerres qui grondent

Quand s’entrechoquent les mondes

Mais que devient l’être humain

Pris dans ce piège sans fin ?

Toujours présent, le Malin

Se frotte en riant les mains

Dans les crues

Les eaux montent, la pluie tombe,

Pluie battante continue,

Cours d’eau ne retenant plus

Ces flots ininterrompus ;

Villages coupés du monde

Terre immergée, disparue,

Champs noyés, bêtes perdues,

Activités suspendues

Par l’eau boueuse des crues

Des lacs à perte de vue ;

Tant de détresse, de drames,

Vécus dans l’intimité

De ceux qui ont tout perdu

Tout ce labeur balayé

Sous des eaux incontrôlables

Submergeant sur leur passage

Des paysages navrés

Tant d’êtres désemparés,

Démunis et vulnérables,

Ne retenant plus leurs larmes

Sur ce désastre annoncé

Rues et maisons inondées,

Existences dévastées ;

Endurer l’adversité

Et toujours se relever…

Dans leur maison de poupée

Dans leur maison de poupée

Aux larges parois vitrées,

Assis à des bureaux blancs ;

Costume sombre et cravate,

Chemise blanche impeccable,

Des petits hommes travaillent

Regard fixé sur l’écran,

Tapotant sur un clavier

Sans s’occuper du beau temps.

Dans leur maison de poupée

Sans vis-à-vis ni terrasse,

Chaque chose est à sa place,

Tout est savamment pensé.

Hormis le bleu des placards

Ou les damiers orangés

Identifiant l’étage,

Rien ne vient déconcentrer

Ces travailleurs policés,

Assidus et efficaces.

Dans leur maison de poupée

Parfaitement équipée,

De petits comptoirs séparent

Les couloirs désincarnés,

Laissant ouverts les espaces

Pour plus de modernité ;

Nec plus ultra recherché

Pour le bien-être affiché

De ces heureux employés.