Le clown triste

Il entre dans l’arène
Et la foule applaudit,
Son sourire élargi
S’ouvre jusqu’aux oreilles,
Un sourire rouge et blanc
Qui recouvre ses rides ;
Il a l’air d’un enfant
Vieux prématurément.

Et les gamins se lèvent
Et ils crient de plaisir
Pour les tartes à la crème
Les soufflets, les jets d’eau…
Sous son masque de peau
Garde-t-il en mémoire
Ces farces dérisoires
Et ces gags un peu gros ?

Voilà qu’il se demande
Ce qu’il fait dans ce cirque ;
Sa vie c’était ce chapiteau,
Son gagne-pain, ce numéro,
Et ces enfants dans les gradins
N’étaient-ils pas un peu les siens ?

Voilà qu’il leur tourne le dos
Et disparaît sous les bravos…
C’était son dernier tour de piste.

Chanson païenne

Un si beau jeune homme
Dans une soutane,
Un si beau jeune homme
Apprenti curé,

Avec un visage 
À damner les anges,
Avec un sourire
Au pouvoir étrange

Et la faculté,
Pour mieux nous séduire,
De nous convertir
Pour l’éternité.

Un si beau jeune homme
Épris d’idéal,
De moralité,
Ce n’est pas banal ;

Déjà au-dessus
De tous ces pécheurs
Qu’il va ramener
Aux pieuses valeurs.

Un si beau jeune homme,
Le regard perdu
Par-delà les cieux
Qu’il convoite un peu ;

Consacrant sa vie 
Riche de vertus
À de purs esprits…
Mon Dieu quel gâchis !

Pour parler d’amour
Sans jamais le faire,
Et laisser planer
Sur l’humanité

Le poids du péché,
Et la peur secrète
D’être un jour tenté
Par la pomme d’Ève…

Un si beau jeune homme 
Dans une soutane,
Un si beau jeune homme
Apprenti curé.