Ce souffle

Ce souffle qui me traverse,

La douloureuse caresse

Du doudouk chantant sa peine ;

La mélodie contenue

D’une basse continue

Qui fredonne dans mon âme

La chanson de Komitas ;

Ce souffle qui m’accompagne,

Passant à travers les siècles,

Me transmet cette tristesse

D’une complainte arménienne ;

Douceur et mélancolie,

Délicatesse infinie

Du chant de Narekatsi.


Komitas : est un prêtre apostolique, ethnomusicologue, compositeur, chanteur, pédagogue, et conférencier arménien. Survivant du génocide de 1915, on lui doit la sauvegarde du patrimoine musical arménien.

Grigor Narekatsi : ou Grégoire de Narek, est un moine, poète mystique et compositeur, représentant de la poésie arménienne médiévale du Xème siècle.

Komitas – Krunk (La grue) – Varuzhan Margaryan

Grigor Narekatsi – Havoun Havoun (Oiseau Oiseau) –

Mélodie de la Résurrection – Sergey Khachatryan

« Mon cœur est comme une maison en ruines…

Les oiseaux sauvages construisent leur nid là où se trouvait autrefois ma maison…

Le cœur des sans-abri est sombre et s’est égaré.

Oh cœur, ne désespère pas ! »

Grigor Narekatsi Havun, havun (Oiseau, oiseau) – extrait de l’album « KOMITAS – Chœurs Sacrés »

Solo de Seyran Avagyan

Yerevan State Chamber Choir

Dans la soie d’une toile

Un arc-en-ciel s’est pris dans la soie d’une toile,

Arachnéen filet, éphémère tissage ;

Lumière diffractée sur le fragile ouvrage

Où ses brillants reflets scintillent doucement

Chatoiement de couleurs, joyau iridescent ;

L’habit de l’empereur un instant apparu ;

Délicats entrelacs, cheveux d’ange ténus,

Fils d’Ariane pris dans les ailes du vent

Subtil faseillement d’un voile transparent

Exposé longuement aux caprices du temps ;

Élégante matière, fugace opalescence,

Ravissement des yeux pris par la flamboyance

D’un arc-en-ciel tissé dans un écrin soyeux.

Pour Martin

– À Thierry L.-C. –

Bien que n’ayant pu le connaître,

Cette nouvelle me saisit ;

Cette perte me bouleverse

Et votre chagrin m’envahit

Comment accepter l’impensable

Quand on est bouillonnant de vie ?

Comment penser qu’il est un mal,

Fulgurant et inexplicable,

Qui ne vous laisse aucun sursis ?

Qui aurait pu envisager

Qu’ainsi s’arrêterait le temps ;

Foudroyé en pleine jeunesse

À l’orée de l’anniversaire

Célébrant ses vingt-trois ans ?

Et ce deuil qui nous interpelle

Brusquement nous anéantit ;

Je m’imagine avec tristesse

L’immense douleur des parents

Et la vôtre, son confident

L’ami fidèle et inspirant,

Guidant de votre bel esprit

L’artistique tempérament

De ce jeune homme de talent

Qui vécut trop brièvement

Tel un météore enflammant

Sa route à travers les étoiles,

En saluant avec panache

Ce monde en pleine ébullition

Et traversant secrètement

Nos lointaines constellations

Pour mieux se fondre dans l’espace.


« La Fleur Cosmique SOULKER » de TLC, œuvre graphique et photographie sous licence.

Sentinelles ailées

– À Thierry L.-C.

Carré de roses, sentiers secrets,

L’orage gronde, le gris gagne,

Les cieux se voilent de nuages

Où l’astre brillant transparaît

Et les cigognes affairées,

En sentinelles des sommets,

Élégantes ombres chinoises,

S’attellent à la noble tâche

De parfaire leur nid douillet

D’après « Cigogne au crépuscule » de TLC, photographie sous licence .

Les bannis

– À Hovhannès Haroutiounian –


Ils ont abandonné tout ce qu’ils possédaient,

Les tombes de leurs pères, la terre où ils vivaient,

Ces lieux qui leur offraient l’éther et l’empyrée,

Cheminant jour et nuit sans boire ni manger

Dans ce désert brûlant où tant d’autres périrent,

Innocentes victimes aveuglément broyées

Par la sauvagerie et la cupidité.

Survivant aux massacres lâchement perpétrés,

Unis dans la douleur et la nécessité,

Ils ont fui leur patrie si tendrement aimée,

Gagnant d’autres contrées pouvant les accueillir,

Avec pour tout bagage leurs profondes racines.

De là, sans ménager leur peine ni leur vie,

Ils se sont adaptés aux règles du pays,

Enrichissant leurs hôtes de solides valeurs,

De multiples talents, de généreux esprits,

De l’immense héritage de siècles de labeur,

Avec reconnaissance, courage et empathie.

Ces êtres malmenés, condamnés à l’exil

Par d’autres qui n’ont pas leur antique culture

Mais détruisent la leur au fur et à mesure

En déformant l’Histoire au gré de leurs envies,

Poursuivant aujourd’hui tous ces crimes qu’ils nient,

Au nez et à la barbe d’une Europe assoupie

Incapable d’aider un peuple dit « ami »

Se battant comme un lion contre la perfidie ;

Ces êtres rescapés de tant d’atrocités,

Ayant pris pour beaucoup le parti de se taire,

Ont planté autour d’eux quelques petites graines,

Laissant leurs descendants gérer l’ignominie

D’actes qui en feront, avec leurs cicatrices,

Des personnalités éprises de justice

À l’acuité de l’aigle veillant sur ses petits,

Sans jamais oublier leur pays d’origine

Et gardant avec lui des liens indéfectibles.

Poème inspiré par l’œuvre du peintre Hovhannès Haroutiounian :

Les bannis, huile sur toile, 41 x 27cm, 2023.