Cinquante ans

Pour ceux qui se sont égarés
Ou n’ont pas pu réaliser
Les rêves des jeunes années,
Cinquante ans c’est un très bel âge
Pour comprendre enfin qui l’on est.
 
Après ce rite de passage
Une seconde vie commence
Avec un peu plus d’expérience,
Un peu plus de maturité.
 
Souvent les enfants ont grandi,
Ils ont besoin d’autonomie ;
Nous laissant un peu de répit
Qu’il nous reste à bien employer.
 
Si le labeur est monotone
L’imagination est sans bornes.
Quand le travail ne répond plus
Aux attentes que l’on a eues,
Il faut prendre la clef des champs ;
 
Croquer la vie à belles dents,
Essayer de sauter le pas,
Saisir l’occasion qui est là
Car l’histoire ne nous dit pas
Si elle se représentera.
 
L’existence est faite de choix
Qui engagent notre avenir
Mais si nous nous trompons parfois,
Il est pertinent de se dire
Que les décisions que l’on prend
Ne sont pas toutes irréversibles…
 
Tant que notre tête tient bon
Et que notre corps peut la suivre
Tous les espoirs nous sont permis ;
Donnons-nous la chance d’écrire
Au gré de notre inspiration
La plus belle des partitions.

Sais-tu pourquoi

Sais-tu pourquoi je suis heureuse comme ça ?
C’est parce que je pense avoir trouvé ma voie.
 
Après tant de tracas, de découragements,
Tant de renoncements, de fuites en avant,
Tant de tâtonnements, d’erreurs et de faux-pas
En suivant les méandres d’une vie sans éclat ;
 
Voilà que tout s’éclaire car je vois la lumière
Qui brille doucement tout au bout du tunnel.
Fallait-il pour cela attendre patiemment
Que passent cinquante ans ? Oui, très probablement ;
 
Car la vie nous enseigne, l’épreuve nous apprend,
Par petits éléments de ce puzzle géant,
Comment bâtir des ponts pour franchir les rivières
Que nous traverserons quand viendra le moment.

Par la manche

C’est comme si la vie
Te prenait par la manche,
Te prenait par le cœur ,
Au gré de ses envies
Au gré de ses humeurs,

Te prenait par la main
Et te murmurait : « Viens,
Viens goûter les saveurs
Du printemps qui revient ;

Viens goûter le bonheur
De vivre au quotidien
Avant qu’il ne s’échappe,
S’envole et puis se fane.

C’est la dernière danse,
La dernière embellie ;
C’est ta dernière chance
De renaître à la vie
Avant le clap de fin…
Alors saisis-la bien ! »

Puisque tout passe

Profitons de chaque instant
Car tout passe,
Les bons, les mauvais moments,
Tout s’efface.

Mettons de côté ces peurs
Qui nous glacent,
Ne laissons pas notre cœur
Dans l’impasse.

Profitons de cette vie
Si fugace
Car les années qui s’enfuient
Nous dépassent.

Il y a tant d’êtres chers
Qui trépassent
Et trop de corps en jachère
Qui se tassent.

Profitons du temps présent
Sans qu’il lasse,
Ne craignons pas d’y laisser
Notre trace.

Ayons soif de liberté
Et d’audace,
Réapprenons la beauté
Et la grâce.

La Mort viendra assez tôt,
La tenace,
Draper de son calicot
Notre face.

Traversée

On a traversé la vingtaine,
La trentaine comme on a pu,
Se confrontant à l’inconnu,
L’espoir en tête, le cœur à nu ;

Posant un à un les jalons
Tout en coulant les fondations
D’une solide construction
Pour y élever ses enfants…

On a cru, à la quarantaine,
Pouvoir savourer ses acquis,
Profiter un peu de la vie,
Mais ce n’était pas le moment.

Il fallut illico presto
Se poser les bonnes questions,
Modifier ses aspirations,
Jouer un autre concerto,

Savoir manier la godille
Sur la mer qui fait le gros dos,
Tout en écopant le bateau
Et laissant s’éloigner la quille…

Il a fallu changer sa route,
Apprendre à ramer, tu t’en doutes,
Longtemps et à contre-courant,
Tout en se méfiant des gens ;

Les menteurs et les hypocrites,
Baratineurs et parasites,
Les médiocres, les défaitistes,
Les intolérants, les laxistes…

Tout mauvais choix un jour se paye.
Quand est venue la cinquantaine,
Après les tourments et les peines
Ça m’a semblé presque trop beau.

Adieu les années de jeunesse
Prétendument jugées plus belles ;
Moi je savoure ce cadeau
Sans redouter la soixantaine.

Ignorant ce que me réserve
L’avenir et ses futurs maux,
J’avance en étant plus sereine
Et j’attends les coquelicots.