Traversée

On a traversé la vingtaine,
La trentaine comme on a pu,
Se confrontant à l’inconnu,
L’espoir en tête, le cœur à nu ;

Posant un à un les jalons
Tout en coulant les fondations
D’une solide construction
Pour y élever ses enfants…

On a cru, à la quarantaine,
Pouvoir savourer ses acquis,
Profiter un peu de la vie,
Mais ce n’était pas le moment.

Il fallut illico presto
Se poser les bonnes questions,
Modifier ses aspirations,
Jouer un autre concerto,

Savoir manier la godille
Sur la mer qui fait le gros dos,
Tout en écopant le bateau
Et laissant s’éloigner la quille…

Il a fallu changer sa route,
Apprendre à ramer, tu t’en doutes,
Longtemps et à contre-courant,
Tout en se méfiant des gens ;

Les menteurs et les hypocrites,
Baratineurs et parasites,
Les médiocres, les défaitistes,
Les intolérants, les laxistes…

Tout mauvais choix un jour se paye.
Quand est venue la cinquantaine,
Après les tourments et les peines
Ça m’a semblé presque trop beau.

Adieu les années de jeunesse
Prétendument jugées plus belles ;
Moi je savoure ce cadeau
Sans redouter la soixantaine.

Ignorant ce que me réserve
L’avenir et ses futurs maux,
J’avance en étant plus sereine
Et j’attends les coquelicots.

Un jour nous serons morts

Un jour nous serons morts et il sera trop tard.
Aurons-nous bien vécu, aurons-nous des regrets ?
Aurons-nous gaspillé sans vraiment y penser
Le temps rare et précieux qui nous est accordé,
Et dont chacun dispose selon son bon vouloir
Dans les limites que le destin
A échafaudées pour chacun ?

Qu’en est-il de ma vie, ai-je fait les bons choix ?
Ai-je toujours agi selon mes convictions ?
Suis-je fière de mon parcours,
Et mes enfants, qu’en diront-ils ?
Leur aurai-je transmis les valeurs qui m’animent,
Et le souffle de mon amour
Pour les guider dans cette voie ?

Quand il fait froid, quand il fait noir,
Quand le monde s’effondre
Partout autour de soi,
Qu’il faut raison garder
Avec la tête froide et l’esprit aux aguets,
Libre, lucide et juste, forte et déterminée
À suivre un processus qui mène à la clarté.

L’horloge

Tournent les aiguilles du temps,
À petits pas sur le cadran.
D’une précision inouïe,
L’horloge rythme les secondes
De son régulier cliquetis.

Alors les minutes progressent.
En suivant le même parcours,
Une à une elles font le tour,
Continuent avec allégresse
D’égrener la durée du jour ;

Chacune annonce une naissance
Et chacune annonce un trépas.
Ainsi passe notre existence,
Un jour debout et l’autre pas.

Et le temps poursuit son affaire,
Contre ça il n’y a rien à faire.

Bien employée ou gaspillée
Chaque minute est décomptée
De l’unique somme allouée,
Nous rapprochant assurément
De notre lit d’éternité.

Par quart, demi, ou trois quarts d’heure,
Finit par se passer une heure.
La voie se trouvant dégagée,
D’autres s’y glissent sans broncher
Et sur ce chemin balisé
Elles se suivent, résignées,
Sans bousculade ni jérémiade,
Sans accélérer ni traîner.

Nulle ne se rebelle
Ni ne se fait la belle.
Chacune bien à sa place
Poursuit l’invisible trace
Laissée par la précédente,
Docile et persévérante,
Sans jamais ambitionner
Un jour de la rattraper.

Remporter la bataille de la vie

Il arrive parfois
Au cours de l’existence
Que l’on se sente seul,
Déprécié, incompris.

Les années ont tracé
Leur sillon d’espérance,
Et buté par moment
Sur les mottes durcies
Et les pierres tranchantes
De la désespérance.

Hélas, quand on y pense,
Notre avenir n’a plus
Le goût dont on rêvait
En sortant de l’enfance,

Et face à l’échéance
Qui nous concerne tous,
On se sent accablé,
Dénigré, démuni.

Le temps a dilué
Les amours passionnées.
Des proches et des amis
Que l’on avait chéris
Se sont maintenant tus.
Les anciens sont partis
Et ne reviendront plus.

Les jeunes ont eux aussi
Leurs préoccupations,
Certains sont surmenés,
Surchargés de missions,
Et se soucient bien peu
De ces générations
Qui les ont précédés.

Dans la force de l’âge
Ils pensent sans ambages
Que chacun en son temps
A eu son heure de gloire,
Ou aurait pu l’avoir…
S’il ne l’a pas saisie
Alors tant pis pour lui !

Ils s’activent, ou attendent
Que vienne enfin la leur,
Oubliant au passage
Qu’ils y perdent leur âme
Et que c’est tout leur cœur
Qui s’étiole et se fane…

Faut-il baisser les bras,
Ou retrousser ses manches
Et trouver l’énergie
Nécessaire à se battre,
Pour gagner la bataille
De sa propre existence ?

Tant que l’on est en vie,
L’espoir est là aussi.
La balle est dans le camp
De celui qui s’arrête
Un instant et se prête
Avec discernement
À ces questionnements.

Il incombe à chacun,
Du plus profond de l’être,
De suivre son instinct
Pour faire avec entrain
Sa mission sur la Terre.

Deuil

Nous ne sommes que de passage,
Un jour il nous faudra partir
En abandonnant ce vieux monde.
Qui pourrait bien dire à quel âge
Nous quitterons cette vie ?
Qui peut connaître la seconde
Où la mort viendra nous cueillir ?

Jeune, mûr ou plus âgé,
Seul ou bien accompagné
En pleine forme ou malade,
Avec sa santé mentale,
Toutes ses capacités,
Ou en étant amoindri
Parfois si diminué
Qu’on ne veut plus continuer
À poursuivre une existence
Désormais privée de sens…

Juste avant de nous en aller
Aurons-nous le temps de penser,
Faire le bilan de notre vie,
Rêver à nos amours passées,
À ce qu’on laissera après,
À nos enfants, à nos amis,
Ceux qui ont partagé nos vies
Un instant, mais qui ont compté
Plus qu’on ne peut l’imaginer ?

Malgré les erreurs et les doutes,
Les désirs trop vite étouffés,
Je voudrais vivre et assumer
Jusqu’au bout les choix que j’ai faits,
Profiter simplement des cadeaux de la vie
Goûter la fantaisie trop souvent dénigrée
Et ne rien regretter.