Tu as presque vingt ans

Tu as presque vingt ans,
Le monde te sourit
Et tu souris au monde,
Te sentant protégée
Des blessures de la vie,

Heureuse quelquefois,
Plus sûre de tes choix,
Peut-être un peu spéciale
Mais juste ce qu’il faut ;
Sans être originale
Ni suivre le troupeau.

Tu crois que ta morale
Et tes beaux idéaux,
En te servant d’armure
Traceront sur ta route
Un chemin de droiture
Que suivront ton conjoint,
Tes amis, tes enfants…

Et puis longtemps après,
S’efface le mirage ;
Vingt années ont passé
Et même davantage,
Lorsque tu te rends compte
Que tu es seule au monde.

Tu n’es qu’un point lambda
Perdu dans l’océan
D’une marée humaine,
En manque de repères,

Tu nages de ton mieux
Mais à contre-courant,
Les vagues en passant
Te font boire la tasse ;

Que faut-il que tu fasses
Pour garder hors de l’eau
Ton âme qui suffoque,
Étouffée par ces flots ?

Reprends un peu ton souffle
Ne retiens pas tes larmes ;
Inspire l’air du large,
Gonfle bien tes poumons
Sans jamais quitter des yeux
La terre qui s’avance un peu,
Là-bas, près de l’horizon.

J’avais arpenté ces rues

J’avais arpenté ces rues
À quinze ans à peine,
Immergée dans l’inconnu
Et peut-être belle

Me revoici à nouveau
À quarante et quelques,
Le cœur encore bien pataud
Quoi que bien plus vieille.

Je ressens de ces années
Un poids sur la tête ;
Bien sûr j’ai évolué,
J’ai appris de mes échecs,
J’ai cherché, recommencé…

J’ai voulu rester la même,
Mais les coups durs de la vie
Ont chamboulé mes envies,
Ont émoussé ma confiance,
Ont épuisé ma patience,

Ont transformé le regard
Que je posais sur les choses,
Sur les gens, et je comprends
Que les épreuves nous font,
Changer intérieurement.

Mais la somme des malheurs
Et de chacun des bonheurs
Que nous perdons ou gagnons,
À mesure que le temps passe,
Fait qu’un beau jour on se lasse
De devoir toujours se battre
Pour se frayer une place,
Au cœur de la société
Où pourtant nous sommes nés.

La violette

Après la multitude de teintes des lilas,
Le mauve des glycines, celui des paulownias,
Voilà que la violette fait son apparition.
 
Venue tout droit d’Auvergne, printanière vision,
Avec ses feuilles vertes qui lui font un écrin,
La modeste diffuse son délicat parfum
À tous ceux qui se penchent au-dessus de sa tête.
 
Que de plaisirs offerts qui ne demandent rien
Qu’un peu d’humilité, de cœur et d’attention,
Pour qui sait éveiller ses sens à cette quête !
 
Le temps passe un instant en douce floraison,
L’insecte diligent récolte son pollen,
Puis elle fane, dessèche, en préparant ses graines.
 
La fleur, allégorie de notre destinée,
Nous amène en douceur à notre vérité,
Évoquant du tréfonds de sa fragilité
L’impermanence même de notre condition.

Un jour

Un jour tu prends le temps
De t’arrêter, de réfléchir,
Sur le passé, sur l’avenir…

Le jour où soudain le miroir
Cesse de renvoyer l’image
De ce que nous croyons être,
Au lieu de ce que nous sommes.

C’est l’heure du bilan qui sonne
En ce jour et en ce lieu,
À cet âge de la vie
Où fatigues et soucis
Marquent un peu plus le visage.

On a déjà vécu, on est « grand » maintenant.
Qu’est devenu l’adulte dont on rêvait, enfant ?
A-t-on suivi la route que l’on s’était fixée ?
A-t-on rêvé sa vie, a-t-on vécu ses rêves,

Comme nous l’avions lu parmi les citations
Écrites en noir ou blanc sur les cartes postales
Que nous cherchions avant, parmi les présentoirs
Des librairies que nous croisions ?

Qu’avons-nous fait de nos croyances ?
Qu’ai-je fait de mes illusions ?
Me suis-je égarée en chemin ?
Que me réserve mon destin ?
Tout cela m’effraie quand j’y pense.

Ai-je perdu ma part d’enfance ?
Je ne sais plus trop où j’en suis.
Je n’ai pas su ouvrir mes ailes
Et l’avenir me pétrifie.

Etre fort

Un mini drame
Qui se joue en un acte,
Rien que pour toi
Rien que pour moi,
Et je me sens si vulnérable
Détachée de tout ce qui a
Compté si fortement pour moi.

C’est la fin d’une époque ;
Qu’ils sont loin mes vingt ans,
Les émois, les tourments
D’un cœur adolescent…

Bien sûr qu’on ne peut pas
Laisser plus de dix ans
De sa vie derrière soi,
Comme si ça n’avait
Dès lors plus d’importance,
Comme si le passé
Était sans conséquences
Sur les choix que l’on fait.

L’avenir est brouillard…
Je pars et meurs un peu.
Me crois-tu si ce soir,
Je t’écris sans ambages
Qu’essayer d’être fort
Suppose du courage,
Demande tant d’efforts
Et rend si malheureux ?