Aux rives de l’enfance

– À mon frère –


Nous voici revenus aux rives de l’enfance,

Dans l’impasse qui vit nos plus belles vacances ;

La maison de Mémé, chargée de souvenirs,

Le jardin de Pépé qui était son empire

La petite chaumière fondue dans la verdure,

L’atelier de Tonton entouré de nature ;

Le rocher de granit où l’on grimpait, enfants,

Le vieux lavoir moussu, vert de lentilles d’eau,

Le pré semé de saules où chantaient les crapauds

Nous voici revenus aux rives de l’enfance ;

Au temps des mimosas et du grand peuplier,

Du rose Magnolia, de l’arbre de Judée

Des noix sous le noyer dont le brou nous tachait,

De l’imposant figuier qui pouvait nous cacher

Du pourpre noisetier aux noisettes croquantes

Au goût inimitable, tout en subtilité,

Du généreux poirier, aux guêpes bourdonnantes,

Dont les fruits parfumés régalaient l’assemblée,

Et des fraises des bois çà et là grappillées

La bordure de chênes dressés sur le talus,

Les plantes et les fleurs si bien entretenues ;

Les Phlox et les Glaïeuls, flamboyants Dahlias,

Les roses Cyclamens, les rouges Camélias,

La haie de Fuchsias aux lampions colorés,

Les beaux Hortensias aux teintes mélangées

Le temps, et les personnes qui se sont succédées

En ont changé l’esprit, l’essentielle beauté.

Du jardin de l’enfance, aujourd’hui disparu,

Restent des souvenirs d’absences revêtus.

Tous les deux sur un banc

Tous les deux sur un banc

À écouter le vent,

À regarder les feuilles

Chatoyer doucement,

À goûter les rayons

Dont les chaudes caresses

S’attardent longuement

Sur nos corps qui paressent

Tous les deux sur un banc

À savourer l’instant,

À regarder l’été

Qui roussit l’horizon

Et s’éteint lentement

Dans les feux du couchant ;

À songer aux écueils

Que l’on a dépassés,

Le cœur au diapason

Et l’âme libérée.

Dans le grand sablier du temps

Dans le grand sablier du temps
La vie s’écoule grain à grain
Avec nos joies et nos chagrins ;
Les saisons suivent les saisons
L’année chassant l’année d’avant
Dans un perpétuel mouvement.
 
Devant le sablier du temps
Je m’interroge par moments ;
Combien me reste-t-il de temps
Sur tout ce qui s’est écoulé,
Avant de devoir tout quitter ?
 
Aurai-je le temps de finir
Les projets que j’ai commencés,
Juste avant de devoir partir ?
Dois-je plutôt me ménager
Pour mener plus loin ma monture,
 
Ou me lancer, et tout donner
En me plongeant dans l’écriture
Pendant qu’il en est encor temps,
Puisque l’on ne sait pas vraiment
Quand s’arrêtera l’aventure ?
 
Près du grand sablier du temps
Nous ne sommes que des fourmis,
Chacune ayant sa destinée.
Mais il ne faut pas se leurrer,
Quelle qu’en soit la quantité,
Un jour le sable se tarit.