L’horloge

Tournent les aiguilles du temps,
À petits pas sur le cadran.
D’une précision inouïe,
L’horloge rythme les secondes
De son régulier cliquetis.

Alors les minutes progressent.
En suivant le même parcours,
Une à une elles font le tour,
Continuent avec allégresse
D’égrener la durée du jour ;

Chacune annonce une naissance
Et chacune annonce un trépas.
Ainsi passe notre existence,
Un jour debout et l’autre pas.

Et le temps poursuit son affaire,
Contre ça il n’y a rien à faire.

Bien employée ou gaspillée
Chaque minute est décomptée
De l’unique somme allouée,
Nous rapprochant assurément
De notre lit d’éternité.

Par quart, demi, ou trois quarts d’heure,
Finit par se passer une heure.
La voie se trouvant dégagée,
D’autres s’y glissent sans broncher
Et sur ce chemin balisé
Elles se suivent, résignées,
Sans bousculade ni jérémiade,
Sans accélérer ni traîner.

Nulle ne se rebelle
Ni ne se fait la belle.
Chacune bien à sa place
Poursuit l’invisible trace
Laissée par la précédente,
Docile et persévérante,
Sans jamais ambitionner
Un jour de la rattraper.

Remporter la bataille de la vie

Il arrive parfois
Au cours de l’existence
Que l’on se sente seul,
Déprécié, incompris.

Les années ont tracé
Leur sillon d’espérance,
Et buté par moment
Sur les mottes durcies
Et les pierres tranchantes
De la désespérance.

Hélas, quand on y pense,
Notre avenir n’a plus
Le goût dont on rêvait
En sortant de l’enfance,

Et face à l’échéance
Qui nous concerne tous,
On se sent accablé,
Dénigré, démuni.

Le temps a dilué
Les amours passionnées.
Des proches et des amis
Que l’on avait chéris
Se sont maintenant tus.
Les anciens sont partis
Et ne reviendront plus.

Les jeunes ont eux aussi
Leurs préoccupations,
Certains sont surmenés,
Surchargés de missions,
Et se soucient bien peu
De ces générations
Qui les ont précédés.

Dans la force de l’âge
Ils pensent sans ambages
Que chacun en son temps
A eu son heure de gloire,
Ou aurait pu l’avoir…
S’il ne l’a pas saisie
Alors tant pis pour lui !

Ils s’activent, ou attendent
Que vienne enfin la leur,
Oubliant au passage
Qu’ils y perdent leur âme
Et que c’est tout leur cœur
Qui s’étiole et se fane…

Faut-il baisser les bras,
Ou retrousser ses manches
Et trouver l’énergie
Nécessaire à se battre,
Pour gagner la bataille
De sa propre existence ?

Tant que l’on est en vie,
L’espoir est là aussi.
La balle est dans le camp
De celui qui s’arrête
Un instant et se prête
Avec discernement
À ces questionnements.

Il incombe à chacun,
Du plus profond de l’être,
De suivre son instinct
Pour faire avec entrain
Sa mission sur la Terre.

Deuil

Nous ne sommes que de passage,
Un jour il nous faudra partir
En abandonnant ce vieux monde.
Qui pourrait bien dire à quel âge
Nous quitterons cette vie ?
Qui peut connaître la seconde
Où la mort viendra nous cueillir ?

Jeune, mûr ou plus âgé,
Seul ou bien accompagné
En pleine forme ou malade,
Avec sa santé mentale,
Toutes ses capacités,
Ou en étant amoindri
Parfois si diminué
Qu’on ne veut plus continuer
À poursuivre une existence
Désormais privée de sens…

Juste avant de nous en aller
Aurons-nous le temps de penser,
Faire le bilan de notre vie,
Rêver à nos amours passées,
À ce qu’on laissera après,
À nos enfants, à nos amis,
Ceux qui ont partagé nos vies
Un instant, mais qui ont compté
Plus qu’on ne peut l’imaginer ?

Malgré les erreurs et les doutes,
Les désirs trop vite étouffés,
Je voudrais vivre et assumer
Jusqu’au bout les choix que j’ai faits,
Profiter simplement des cadeaux de la vie
Goûter la fantaisie trop souvent dénigrée
Et ne rien regretter.

Vivante

Je me sens libre comme jamais,
Je suis vivante et m’en étonne.
Je retrouve des sensations
Disparues depuis si longtemps ;
Des désirs que je croyais morts.

J’observe mon image,
Debout devant la glace,
Avec un œil nouveau ;
Ni tout à fait la même,
Ni tout à fait une autre…

Est-ce moi ? Qui le sait ?
Je ne reconnais pas
Celle dont le miroir
Me renvoie le reflet…

J’ai vécu cette vie,
J’ai voulu mes enfants,
Je me suis oubliée
Mais il est encore temps
De redresser la barre,
De hisser la grand-voile
Et d’aller de l’avant.

Tu as presque vingt ans

Tu as presque vingt ans,
Le monde te sourit
Et tu souris au monde,
Te sentant protégée
Des blessures de la vie,

Heureuse quelquefois,
Plus sûre de tes choix,
Peut-être un peu spéciale
Mais juste ce qu’il faut ;
Sans être originale
Ni suivre le troupeau.

Tu crois que ta morale
Et tes beaux idéaux,
En te servant d’armure
Traceront sur ta route
Un chemin de droiture
Que suivront ton conjoint,
Tes amis, tes enfants…

Et puis longtemps après,
S’efface le mirage ;
Vingt années ont passé
Et même davantage,
Lorsque tu te rends compte
Que tu es seule au monde.

Tu n’es qu’un point lambda
Perdu dans l’océan
D’une marée humaine,
En manque de repères,

Tu nages de ton mieux
Mais à contre-courant,
Les vagues en passant
Te font boire la tasse ;

Que faut-il que tu fasses
Pour garder hors de l’eau
Ton âme qui suffoque,
Étouffée par ces flots ?

Reprends un peu ton souffle
Ne retiens pas tes larmes ;
Inspire l’air du large,
Gonfle bien tes poumons
Sans jamais quitter des yeux
La terre qui s’avance un peu,
Là-bas, près de l’horizon.