Sapins

Ils avaient embelli
Des maisons, des jardins,
Des entrées, des ronds-points,
D’élégantes vitrines
Décorées avec soin,
Mais Noël est passé…
Au lendemain des fêtes
On les retrouve nus,
Ou bien enveloppés
Dans de grands sacs dorés,
Entassés dans les rues.
 
Ils gisent par dizaines,
Abandonnés sur les trottoirs,
Dépouillés de ces ornements
Qui, hier encor, faisaient leur gloire ;
Toujours verts ou blanchis
De neige artificielle,
Après avoir tant fait rêver
Petits et grands, quand ils veillaient
Sur les cadeaux mis à leurs pieds…
 
Si certains sont toujours debout,
C’est que leurs troncs sont enserrés
Dans des rondins de bois coupés.
Ainsi, on les croirait plantés
Sur le bitume parisien,
Telle une forêt citadine
Privée de terre et de racines ;
Dépourvue de ce doux parfum
Boisé, aux notes de résine,
Qui donne son charme aux sapins.
 
Les épicéas ont perdu
Leurs aiguilles fines et pointues
Et livrent au vent de janvier
Les tristes branches desséchées
De leurs squelettes dénudés.
D’autres résineux sont parqués
Dans des endroits délimités
Par des barrières de métal,
Comme d’étranges prisonniers
Patientant jusqu’au tribunal.
 
Ils attendent là que l’on vienne
Les recycler en engrais vert
Pour qu’ils retournent à la terre
Qui demain reverra pousser
D’autres forêts de conifères
Qui à leur tour seront coupés…
Et la boucle sera bouclée.

Poésie du Nouvel An

Le jour de l’An dévoile chacun de ses atouts

Et se pare pour nous de ses plus beaux atours.

Qui pourrait résister à ce joli cadeau ?

Nul besoin d’un sermon ni d’un vibrant discours

Pour venir admirer le ravissant tableau

Des perles de rosée qui se teintent d’albâtre,

Soulignant des rinceaux aux courbes délicates ;
Broderies raffinées élégamment serties

De mille diamants, beautés cristallisées

Qui m’inspirent les vers de cette poésie.

Hiver au jardin

– À mon père –


Le jardin a passé son manteau de verglas,
Le givre a saupoudré de ses brillants cristaux
Objets et végétaux.
La moindre toile d’araignée,
Simple brin d’herbe, feuille mouillée,
En se parant de glace devient une œuvre d’art.
 
Le grillage a blanchi, pris dans cet air givré.
Les plantes endormies sont figées par le froid ;
Leurs feuilles sont ourlées de festons de glaçons
Qui réhaussent de blanc leurs tiges et bourgeons.
 
L’eau de pluie qui stagnait au fond de l’arrosoir
Ou dans les seaux restés dehors, au potager,
S’est changée dans la nuit en une patinoire.
La terre congelée, durcie telle un caillou,
Trompe les sensations de mes pas quand je marche.
 
L’hiver qui s’installe resserre son étau.
Il me gèle les mains et me bleuit les doigts.
Rares sont les oiseaux qui sortent ce matin,
Osant poser leurs pattes raidies sur les rameaux
Des arbres engourdis ; ils en restent sans voix.

Solstice d’hiver

Le ciel est devenu un peu plus lumineux.
Les nuées anthracites se sont effilochées,
Balayées par le vent qui a tout dégagé ;
Restent quelques moutons un peu éparpillés.

Le mauve peu à peu a remplacé le gris.
Un rai rose et violet traverse l’horizon,
S’élargit à vue d’œil, transmet ses harmonies,
Ses ultimes couleurs avant leur reddition,

Aux cotonneux nuages dispersés dans l’espace
Strié de part en part par un avion qui passe
Et laisse derrière lui sa longue traînée blanche,
Voile de mariée dont le contraste tranche
Et met quelques minutes à se désagréger.

À mesure que le ciel s’éclaire, désormais
Les lignes s’accentuent, les teintes se réchauffent ;
Les orange s’estompent et se font saumonés,
Terre de sienne, safran, beiges ou orangés
Mélangés de gris-bleu, d’écru ou blanc cassé…

Trois nuages tango traversent l’air glacé
Et dansent, échevelés, repoussés par le vent,
Bien avant que le jaune arrive, triomphant
Effaçant tout le reste sous sa lumière intense
Qui s’organise et se concentre
En un noyau éblouissant.

L’astre solaire en majesté
Déploie ses rayons alentour ;
La vie peut reprendre son cours…
Le jour est à présent levé
Bien que la lune en son quartier,
Nacrée et transparente,
Soit toujours apparente.

Jour de marché

Le ciel est sans nuage
Bleu comme un jour d’été,
Le froid brûle les yeux
Et picote le nez.

Les autos stationnées
Blanchies par la gelée
Scintillent au soleil
En milliers d’étincelles.

Sur leurs toits alignés,
Un délicat duvet
Savamment hérissé
S’étend, immaculé.

Ces fragiles cristaux
Semblent être dressés
Par l’immense talent
Et l’infinie patience

De ces fées que l’hiver
Dans sa grande puissance
Entraîne dans sa danse
Inexorablement,

Offrant aux lève-tôt
La joie de contempler
L’éphémère beauté
D’un jour de février.