Lettre de mer

C’était un jour de grand rhum,
c’était un soir perdu,
sous les palétuviers roses,
je m’enlarmais de toi. …
Le ciel des Grenadines a de ces grands mauves
qui virent à l’absinthe quand l’aurore les effleure :
la nuit, là-bas, n’est qu’une affaire d’arômes.

Essaierais-tu sur ton corps
le reflet des volubilis,
leur soie bleu-fragile et diaphanement belle dans la gloire du matin,
et ce velours parfum de mandarine amère,
lentement vanillé, poudré,
avec ce qu’il faut d’imprévisible ?

Ici les zéphires verrouillent nos esprits aux étoiles.
La pluie sur l’orchidée chasse un peu de notre ombre.
Les soupirs des sargasses invitent à la folie.
J’estompe mes mois de Baille aux couleurs criardes des madras,
aux alcools d’or et d’ambre, satinés, doux, comme tes lèvres.

Laisserais-tu mes mains couturées d’errance ceindre ton front
de fleurs d’agave, glisser dans tes cheveux
l’indicible de souvenirs carminés
au hasard des escales – opium ?

Calendage de ma peau gommée par les heures de quart :
je l’abandonne aux déferlantes en espérant ton souffle,
ultime chatoyance d’un grand astre en sursis

Rien de grandiose comme l’ouragan ;
c’est un peu de ta voix mélangée à l’abîme et revêtue de houle.

Demain nous appareillons, puissent ces mots te trouver sereine


Poème de Anwen
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