Avant-propos

J’ai ouvert le portail

J’ai ouvert le portail qui mène à mon jardin,
Vous pouvez y entrer, il n’y a pas de clef ;
Le matin la rosée fait briller le plantain,
Et la journée s’écoule dans un calme serein.
L’on vient s’y promener à toutes les saisons,
Laissant vagabonder son imagination.


L’on peut s’y attarder en écoutant les chants
Qui, venant des bosquets, montent au firmament ;
Méditer sur un banc, lire paisiblement,
S’arrêter un instant… Respirer les parfums
De la terre mouillée ou des herbes sauvages,
S’émerveiller sans fin, sans penser à demain,
De tout ce que la vie place sur nos chemins…
Admirer simplement la course des nuages,
La couleur de l’orage ou la douceur du temps.


Que vous soyez venu, visiteur de passage,
Cheminer par hasard le long de ces talus,
Ou, en habitué des beautés entrevues,
Si vous passez souvent en ce lieu de partage ;
Si vous aimez goûter au bienfaisant ombrage
Que les arbres présents laissent sous leur feuillage ;
Soyez le bienvenu dans ce paisible espace
Où se mêlent, sincères, qu’ils soient légers ou graves,
Ces vers qui vous entraînent dans leur heureux sillage.

Mis en avant

Une histoire douce

– À Cecile –


C’était une histoire douce
Comme nous en rêvons tous
Quand la vie nous a blessé
Et que l’on a supporté
Ses douloureuses secousses ;
 
La traversée du désert,
En longues années amères,
Avant de croiser la route
De l’Amour, sans aucun doute.
 
Le musicien a soufflé
Dans le bois d’abricotier
 
Le musicien a joué
Sa poignante mélopée
 
Le musicien a conquis
Les oreilles de sa belle
 
Mais le doudouk ensorcelle
L’âme bien mieux que l’ouïe.
 
Elle a trouvé l’âme sœur
Et lui, son ange gardien.
Par la force de ce lien,
Tendrement ils ont bâti
L’assise de leur demeure
Dans la paix et l’harmonie,
 
Partageant au fil des jours
La promesse du bonheur
Et la tendresse d’un cœur,
Qui s’habille de velours…
 
Mais la vie reprend toujours
Les cadeaux qu’elle nous fait,
Nous rappelant sans détour
L’impermanence des jours.
 
Le musicien a quitté
Son existence terrestre,
Pour gagner l’éternité
Dont il a rejoint l’orchestre.


En hommage à Arayik BAKHTIKYAN, maître du doudouk.

Ta rose

Tu l’avais laissée si belle
Dans sa carafe d’eau fraîche,
Ta rose d’anniversaire ;
Rouge bouton resserré
D’une fleur qui vient à naître,
Pendant que tu t’absentais
Quelques temps à l’étranger.
 
Mais quand tu revins chez-toi,
Six mois s’étaient écoulés
Et le printemps commençait
À reverdir les sous-bois.
Pouvais-tu imaginer
Ce qui se passait là-bas ?
 
Tandis que tu observais
Ce que tu avais quitté,
Dormant sous la couche fine
De cette poussière grise
Qui partout s’était glissée,
Ton regard fut attiré
Par ce tableau merveilleux
Déployé devant tes yeux ;
 
Elle trônait, irréelle,
Dans un angle de la pièce
Et s’était épanouie
D’une si belle manière
Que tu en fus ébloui…
Il te fallut un moment
Avant de bien reconnaître
Cette fleur encor fermée
Qu’une amie t’avait offerte.
 
Dans ce lieu qui abritait
Les œuvres que tu peignais,
Ses pétales veloutés
Lentement s’étaient ouverts,
Prenant doucement leur aise
Jusqu’à cette apothéose
Généreuse de la rose.
 
Ta rose d’anniversaire
Avait passé tout l’hiver
Seule dans ton atelier,
Et te donnait le meilleur
De ce qu’elle pouvait donner ;
Sa patience et sa beauté.


Ce poème est dédié à Monsieur Hovhannès Haroutiounian qui m’a confié ce souvenir.

Quel étrange printemps

Quel étrange printemps,
Eux dehors, nous dedans ;
Postés à la fenêtre,
Intrigués et l’œil rond,
La gorge iridescente
Et l’iris vermillon,
Les pigeons nous observent.
 
Un moineau se balance
Sur la tige ployée
Du fenouil desséché
Pour becquer les bouquets
De son inflorescence,
Brindilles étoilées
Qui viendront tapisser
Son nid entre les branches.
 
À son tour l’étourneau
Est venu récolter
Quelques herbes jaunies,
Gobant sans hésiter
De verts bourgeons floraux
Ronds comme des myrtilles.
 
Seul le chant des oiseaux
Transperce le silence
Et anime les toits ;
Les humains confinés
Restent, chacun chez-soi…
La nature brimée
Reprend enfin ses droits.


12ème jour de confinement pour lutter contre la propagation du Coronavirus – Covid 19 –

Le courage

Le courage, n’est-ce pas
La volonté d’un enfant,
Âgé d’à peine quatre ans,
Qui décida de braver
La peur que lui inspirait
Ce recoin sous l’escalier ?
 
Dominant sa peur du noir,
Il s’enhardit pour aller
Dans ce lieu qui recelait
Les plus terribles secrets
Que l’on puisse imaginer ;
 
Et pour mieux apprivoiser
Cette obscurité hostile
Il resta là, sans bouger,
Jusqu’à ce que son papa
Vienne pour l’en déloger.
 
C’est ainsi qu’il remporta
Cette partie décisive
Qui devait l’envelopper
D’un délicieux prestige,
Et l’accompagne depuis
Sur les chemins de sa vie.


Ce poème est dédié à Monsieur Hovhannès Haroutiounian qui m’a confié ce souvenir.