Un message

Un message qui surprend,
Quelques mots sur un papier
Griffonnés hâtivement,
Un numéro, une adresse ;
C’est une main qui se tend,
Un sourire qui s’adresse
À quelqu’un de différent
Des autres gens qui se pressent
Dans le marathon du temps
 
C’est un déclic, un sursaut
D’humanité qu’il nous reste,
Une bouteille à la mer
Dans l’océan des visages
De ces inconnus qui passent,
Permettant aux plus discrets
De sortir de leur réserve ;
 
Une petite folie,
Probablement passagère,
Qui n’engage que le geste,
Dans un élan spontané,
Pour dire sans l’exprimer :
 
Tu es peut-être celui,
Ou celle que je cherchais ;
Quelqu’un qui a ce mystère,
Ce petit je ne sais quoi
Qui nous attire soudain,
Sans trop comprendre pourquoi.
 
Les êtres que le destin
Place sur notre chemin
Ne sont pas là par hasard,
Et sans doute qu’il était
Prévu de les rencontrer
Ici ou là, tôt ou tard.

J’ai ouvert le portail

J’ai ouvert le portail qui mène à mon jardin,
Vous pouvez y entrer, il n’y a pas de clef ;
Le matin la rosée fait briller le plantain,
Et la journée s’écoule dans un calme serein.
L’on vient s’y promener à toutes les saisons,
Laissant vagabonder son imagination.


L’on peut s’y attarder en écoutant les chants
Qui, venant des bosquets, montent au firmament ;
Méditer sur un banc, lire paisiblement,
S’arrêter un instant… Respirer les parfums
De la terre mouillée ou des herbes sauvages,
S’émerveiller sans fin, sans penser à demain,
De tout ce que la vie place sur nos chemins…
Admirer simplement la course des nuages,
La couleur de l’orage ou la douceur du temps.


Que vous soyez venu, visiteur de passage,
Cheminer par hasard le long de ces talus,
Ou, en habitué des beautés entrevues,
Si vous passez souvent en ce lieu de partage ;
Si vous aimez goûter au bienfaisant ombrage
Que les arbres présents laissent sous leur feuillage ;
Soyez le bienvenu dans ce paisible espace
Où se mêlent, sincères, qu’ils soient légers ou graves,
Ces vers qui vous entraînent dans leur heureux sillage.

Un ouvrier

Assis dans le métro,
Le teint blanchi de plâtre
Et la joue mal rasée,
Dans ses gros godillots
Salis par les chantiers,
L’homme s’est assoupi.
 
Un sourire léger
Passe sur son visage,
Illuminant ses traits
À la peau burinée,
 
Offrant aux passagers
Daignant lever les yeux
De dessus leur portable,
Cet éclat remarquable
Qui donne leur beauté
Aux êtres que l’on croise.

Dans le grand sablier du temps

Dans le grand sablier du temps
La vie s’écoule grain à grain
Avec nos joies et nos chagrins ;
Les saisons suivent les saisons
L’année chassant l’année d’avant
Dans un perpétuel mouvement.
 
Devant le sablier du temps
Je m’interroge par moments ;
Combien me reste-t-il de temps
Sur tout ce qui s’est écoulé,
Avant de devoir tout quitter ?
 
Aurai-je le temps de finir
Les projets que j’ai commencés,
Juste avant de devoir partir ?
Dois-je plutôt me ménager
Pour mener plus loin ma monture,
 
Ou me lancer, et tout donner
En me plongeant dans l’écriture
Pendant qu’il en est encor temps,
Puisque l’on ne sait pas vraiment
Quand s’arrêtera l’aventure ?
 
Près du grand sablier du temps
Nous ne sommes que des fourmis,
Chacune ayant sa destinée.
Mais il ne faut pas se leurrer,
Quelle qu’en soit la quantité,
Un jour le sable se tarit.